Source : Archives départementales de Loir-et-Cher, 190 PER 1911. Périodique le Progrès de Loir-et-Cher , année 1911. Progrès de Loir et Cher (1893-1934) Organe de la Démocratie Républicaine et Socialiste du département sous le contrôle du Parti Ouvert à toutes les organisations ouvrières, syndicales et coopératives. Parait le vendredi matin. Le n° 10 centimes. Titres consultés : Vendredi 28 juillet 1911 : « Un conflit à la Maison Normant. 90 personnes cessent le travail par solidarité » Vendredi 4 août 1911 : « Grèves à l’usine Normant. 450 ouvriers ont cessé le travail. Organisation de soupes communistes » Vendredi 11 août 1911 : « La grève des ouvriers de l’usine Normant » Vendredi 18 août 1911 : journal manquant aux AD41 Vendredi 25 août 1911 : « La grève des cardeux continue. Romorantin en état de siège » Vendredi 1er septembre 1911 : journal manquant aux AD41 Vendredi 8 septembre 1911 : journal manquant aux AD41 Vendredi 15 septembre 1911 : « Échos de la grève » Edition du vendredi 28 juillet 1911 : « Un conflit à la Maison Normant 90 personnes cessent le travail par solidarité La semaine dernière, un ouvrier laineur, Couret venait de mettre en route sa machine, lorsqu’il fut obligé de s’absenter pour aller dans un couloir chercher des cadres pour les préparer. Il laissa sa machine en mouvement comme le règlement le prescrit. A son retour, il s’aperçut que par suite du mauvais état d’un cadre qui s’était légèrement bombé et qui venait frapper sur un cylindre de la machine, le drap était endommagé sur une longueur de 100 mètres environ. L’ouvrier débraya aussitôt sa machine et appela le chef laineur. Le contremaître, M. Landard, et le directeur technique furent appelés et constatèrent le mauvais état du matériel. De tels accidents, même des plus graves, s’étaient déjà produits dans les mêmes conditions et jusqu’ici aucune peine n’avait été prononcée contre l’ouvrier, car il ne pouvait pas être rendu responsable du mauvais état du matériel qu’on lui impose. Or, cette fois-ci, quelques jours après, le chef laineur informa l’ouvrier qu’il était frappé d’une mise à pied de huit jours, en lui demandant de cesser son travail le lendemain, s’il le voulait, et de pas parler de cette punition à ces camarades. Couret demanda à terminer sa semaine et dit que ses camarades s’apercevraient bien de son absence. Il avisa immédiatement le syndicat, l’affaire s’ébruita dans son atelier et tous se demandaient pourquoi on frappait d’une peine si dure un ouvrier non fautif, alors qu’on ne l’avait jamais fait. Le véritable motif, tous les ouvriers le connaissent, et pour l’expliquer nous devons faire un retour en arrière. Le conflit de novembre 1910 En novembre 1910, les laineurs s’étant aperçus que des irrégularités avaient été commises à leur préjudice dans la comptabilité de leur atelier par leur contremaître Landard, demandèrent le renvoi de celui-ci. Après une enquête, M. Normant adressa au secrétaire du syndicat, le camarade Delvigne, la lettre suivante : « Monsieur Delvigne, M. Landard doit quitter la Maison mais restera en attendant qu’on ait pu lui trouver un successeur qu’il aura aussi à mettre au courant du travail. Je vous salue. B. Normant » Les ouvriers se croyant assurés d’obtenir satisfaction n’insistèrent pas. En janvier 1911, les tondeurs menacés d’une diminution de salaire se mirent en grève. Par suite de la trahison d’un certain nombre d’entre eux, ils durent reprendre le travail dans les conditions imposées par le patron. Aujourd’hui, deux de ceux qui reprirent le travail sont fermement résolus à soutenir leurs camarades. Un seul continue à travailler : Laffray. M. Normant écrivit alors au secrétaire du syndicat : « L’arrêt forcé de l’usine par la grève complètement injustifiée des tondeurs cause un préjudice très important aux ouvriers et à la Maison, c’est donc une mesure de clémence que je prends vis-à-vis d’eux en les réembauchant. Je crois devoir vous prévenir que j’ai l’intention de prendre pareille mesure pour M. Landard qui n’aurait, lui, fait tort qu’à moi, s’il n’a pas encore trouver de place, n’ayant pu, d’ailleurs, lui trouver un remplaçant malgré de très actives recherches… » M. Landard resta donc. Les laineurs espérant que la leçon lui serait profitable, supportèrent sa présence. Mais M. Landard gardait au fond de lui-même une rancune et un besoin de vengeance contre ceux qui l’avaient démasqué. Il voulait des victimes, il voulait se venger ; il a saisi la première occasion pour frapper injustement un de ses ouvriers, pour lui faire appliquer une peine qu’on n’avait jamais appliquée. Les ouvriers placés sous les ordres de M. Landard avaient tous compris cela, et vendredi le syndicat faisait demander que la peine ne soit pas appliquée. M. Normant répondit qu’il ne reviendrait pas sur sa décision. Couret se présenta lundi matin à l’atelier, M. Puistienne, beau-frère de M. Normant, le pria de s’en aller. Les ouvriers laineurs et apprêteurs se réunirent le soir même et décidèrent de cesser le travail dès le lendemain si la punition infligée à leur camarade Couret n’était pas levée. De plus, ils exigeaient le renvoi immédiat du contremaître Landard, renvoi autrefois promis par M. Normant. Mardi matin, ces ouvriers, au nombre de 90 environ se présentèrent à l’atelier, mais firent la grève des bras croisés. A 9 heures, M. Normant fit dire que ceux qui ne reprendraient pas le travail seraient considérés comme étant à leur quinzaine. Une entrevue fut demandée à M. Normant, il refusa d’entrer en pourparlers avec ses ouvriers tant qu’ils n’auraient pas repris le travail. Ceux-ci quittèrent l’atelier et se réunirent à la Bourse du Travail. Ils sont fermement résolus à ne rentrer à l’usine que lorsqu’ils auront obtenu complètement satisfaction. » Edition du vendredi 4 août 1911 : « Grève à l’usine Normant 450 ouvriers ont cessé le travail Organisation des soupes communistes Nous avons annoncé en dernière heure, dans notre dernier numéro, que les ouvriers de l’usine Normant avaient décidé, mercredi soir, la grève pour soutenir les revendications des apprêteurs et des laineurs et pour obtenir une augmentation de salaires. Jeudi soir, tous les camarades qui avaient voté la cessation du travail se rendirent à la porte de l’usine, mais n’entrèrent pas. Ils se formèrent en cortège pour se rendre à la Halle où ils nommèrent un Comité de grève composé de 11 membres syndiqués et non syndiqués. Le vendredi matin, les ouvriers d’art, les hommes de peine, les surveillants et contremaîtres étaient seuls dans l’usine, avec 150 ouvriers répartis dans les différents services. Les grévistes sont tous des ouvriers de fabrication : tisseurs, fileurs, cardeurs, apprêteurs, laineurs, etc., en un mot, ce sont ceux qui produisent ; ils sont indispensables à la marche de l’usine. Au tissage, sur 210 métiers, 20 seulement sont en nombre, conduits par quelques jaunes et par les contremaîtres ; à la carderie, 3 assortiments sur 16 fonctionnent et les débourreurs sont tous en grève ; à la filature les ¾ des métiers sont inoccupés ; dans les apprêts une dizaine d’ouvriers seulement sur 80 sont restés, 2 toucheurs sur 10 fonctionnent et 2 garnissages. Tentatives de conciliation Dès la proclamation de la grève, M. Béranger, maire de Romorantin et le Sous-Préfet se sont rendus auprès de M. Normant pour essayer d’apaiser le conflit. M. Normant a répondu qu’il était seul maître chez lui. Samedi 29, le Juge de paix a convoqué en vue d’une tentative d’arbitrage M. Normant et 5 délégués du Comité de grève. Les ouvriers se sont rendus à l’invite du Juge de paix, M. Normant a répondu par une fin de non-recevoir. Par cette démarche, les ouvriers ont montré qu’ils sont tout disposés à discuter avec M. Normant. L’attitude passée de celui-ci pouvait faire croire qu’il ferait tout son possible pour abréger la durée du conflit ; il est probable que des influences mauvaises le poussent dans cette voie d’intransigeance. Un incendie dans l’usine Vendredi vers 11 heures, la sirène d’alarme retentissait à l’usine, annonçant qu’un incendie venait de se déclarer. Un tas de déchets de laine avaient été déposé dans une cour, sous un hangar en planche. Depuis quelques jours, par suite des grandes chaleurs, une fermentation s’était produite dans ces déchets et on avait aperçu des fumées. Le vendredi matin, M. Moreau, lieutenant des pompiers de l’usine s’était rendu sur les lieux et avait éteint deux foyers d’incendie. Cette fois, le feu avait pris de plus grandes proportions ; les flammes jaillissaient bientôt, menaçant le bâtiment. Les pompiers de l’usine, y compris les grévistes qui accoururent aussitôt et les pompiers de la Ville, se rendirent facilement maîtres du feu. Les dégâts sont peu importants. Ainsi que nous l’avons montré plus haut, les causes de l’incendie étaient bien déterminées. Cela n’a pas empêché la direction de l’usine de faire courir le bruit que l’incendie était dû à la malveillance et de demander une enquête. De telles allégations sont odieuses, et criminelles. Tous ceux qui connaissent l’usine savent qu’il est impossible de mettre le feu dans un coin quelconque sans être aperçu. Les grévistes pompiers qui sont accourus aussitôt pour protéger l’usine, faisaient par avance la meilleure réponse à cette calomnie que tous les gens honnêtes jugent sévèrement. Organisation des soupes communistes Dès le samedi matin, les membres du Comité de grève auxquels s’étaient joints quelques camarades de bonne volonté, se sont occupés de l’organisation des soupes. Ils se sont installés dans l’ancienne école, mise à leur disposition par le Maire. Le matériel a été fourni par des camarades, la cuisine est faite par des femmes de grévistes. Ils servent maintenant 500 rations par jour. Les tables sont dressées dans la cour, 60 enfants de grévistes viennent là 3 fois par jour sous la conduite d’un camarade qui va les prendre à la sortie des écoles. Dans leur insouciance heureuse ; ils égayent de leurs rires joyeux cette situation douloureuse. Les camarades grévistes qui mangent là sont unanimes à déclarer que la nourriture est suffisante et saine. Grâce à une organisation parfaite, et grâce surtout à la mise en commun des bonnes volontés qui réalisent des prodiges, ces repas sont servis avec le minimum de dépenses. Un bon mouvement de solidarité Dès le lendemain de la grève, un appel à l’opinion publique était affiché, donnant les raisons de la grève et coupant court à tous les bruits qui circulaient. Ceux qui ne sont pas aveuglés par un esprit de classe stupide comprennent qu’il est impossible aujourd’hui de vivre avec des salaires de 2 fr.50 et 3 fr. Toutes les organisations ouvrières de la Ville ont décidé de venir en aide aux grévistes, le syndicat du bâtiment a voté un premier secours de 100 fr., les ouvriers d’art de l’usine Normant 50 fr., les ouvriers métallurgistes 25 fr. par semaine. De nombreux camarades laissent une partie de leur salaire, d’autres font des dons en nature aux soupes. Quête au profit des grévistes Mercredi avait lieu le marché comme les semaines précédentes. Les camelots émus de la situation des ouvriers de l’usine, qui sont en grève, décidèrent de faire une collecte parmi eux pour soutenir les grévistes. Trois camarades désignés à cet effet avec un forain passèrent devant toutes les petites boutiques installées sur la place du marché et chacun des marchands fit son devoir de solidarité. La recette s’est élevée à la somme de 51 fr. Nous remercions tous ces camarades dont presque tous font partie du syndicat des forains du centre. Les cardeux vaincront ! L’ampleur du mouvement dépasse les espérances des militants. Aucune défection ne s’est produite. Pour que les ouvriers de Romorantin réussissent, pour qu’ils rentrent victorieux, il faut que tous les amis de la classe ouvrière les aident dans leur lutte. Le Progrès ouvre une souscription et s’inscrit pour 20 fr. (1er versement). Adresser les fonds au Trésorier du Comité de grève, Pinon Charles, route de Salbris, Romorantin, ou au journal. --- / --- La situation de la grève reste stationnaire, pas une défection ne s’est produite dans les rangs des grévistes. La direction de l’usine, pour faire pression sur les ouvriers, menace ceux-ci par tous les moyens imaginables. Elle a fait appel au Préfet pour envoyer des troupes. Pourquoi ? pour qu’il y ait des provocations et ameuter l’opinion publique qui est du côté des grévistes. Le Maire, M. Béranger, n’a pas voulu s’associer à une telle manœuvre, répondant à l’avance du calme des ouvriers de la ville. Aussi dans ces conditions, on n’aperçoit même pas un gréviste dans les rues ; ils viennent pour manger la soupe et s’en retournent lorsqu’ils ont fini. Beaucoup travaillent chez eux ou sont embauchés ailleurs. Les ouvriers sont forts de leur droit et continueront la lutte jusqu’à complète satisfaction. Ils ne demandent pas à être les maîtres de l’usine, mais ils veulent vivre en travaillant avec des gens honnêtes. » Edition du vendredi 11 août 1911 : « Chronique Romorantinaise. ----------- La grève des ouvriers de l’Usine Normant Aucun fait nouveau n’est survenu depuis la semaine dernière pour la reprise du travail. Les délégués patronaux et ouvriers se sont trouvés en contact dans un local du patron ; les premiers n’étaient pas venus pour discuter, mais seulement pour entendre les délégués ouvriers ; les choses en sont là. Dimanche, eut lieu sous la Halle une réunion pour tous les ouvriers de l’usine, 600 personnes au moins étaient présentes. Ont pris la parole, les camarades Delvigne, des drapiers, Perly, du bâtiment, Petit Jean, des ouvriers d’art, Ivens des métallurgistes, Hervier, secrétaire de la Bourse du Travail de Bourges, Perrot et Soulas, des drapiers. Tous ont apporté le salut fraternel de leurs organisations, prêché le calme et la résistance et n’ont pas ménagé leurs encouragements. Chalost, ex-secrétaire du syndicat, aujourd’hui contremaître a pris la parole, disant que les surveillants et contremaîtres étaient neutres dans le mouvement. Quelques camarades lui ont démontré aux applaudissements de l’auditoire qu’il est impossible d’être neutre, que, puisqu’ils remplaçaient les ouvriers grévistes, ils devenaient des renards, des jaunes et des traites ; ils servaient la cause du patron, au risque de faire échouer le mouvement et faire des victimes dont eux seuls seront rendus responsables. La grève fut acclamée au chant de l’Internationale . - Le Comité de grève avait fait une demande de subsides au conseil municipal. Celui-ci, réuni en séance ordinaire lundi soir, trancha la question. Tous les grévistes avaient été conviés à cette séance et c’est en foule que, hommes, femmes et enfants sont accourus. M. Béranger, maire, expliqua au Conseil que la ville n’avait pas d’argent et qu’il était impossible, malgré sa bonne volonté, de faire droit à la demande. Il invita les conseillers à se prononcer sur la situation. M. Couppé, patron, dit qu’il ne connaissait pas les causes exactes de la grève (ce qui est faux) et que si la ville donnait de l’argent cela procurerait aux grévistes l’occasion de prolonger la grève. Les spectateurs tous debout conspuèrent le Conseil au cri de démission, démission. La Carmagnole , l’Internationale se firent entendre et couvrir les paroles des conseillers qui restèrent cloués sur leur chaise. Pendant que les conseillers votent des sommes pour recevoir les officiers et payer le champagne les ouvriers crèvent de faim eux et leur famille ; en régime capitaliste cela leur est complètement défendu de réclamer leurs droits. Dans la cour de la Mairie les chants redoublèrent et sur la place d’Armes un cortège de plus de 600 personnes se forma et se rendit devant la demeure de Landard, avenue de la Gare. Là il fut conspué vigoureusement ! Remontant la Grande Rue, le cortège se dirigea chez Duché, aux maisons ouvrières, et c’est par plus de 200 personnes que celui-ci fut hué. Duché est cardeur, conseiller municipal, conseiller prud’homme et ex-trésorier du syndicat, il trahit ses frères en continuant à travailler. Plus tard nous reviendrons sur cet individu qui est mis à l’index par les ouvriers grévistes et une partie de la population ; s’il avait siégé lundi au Conseil il aurait été conspué par les auditeurs. Mardi, à la reprise du tantôt, un groupe de grévistes se rendit au devant de Landard pour le conspuer ; le lieutenant de gendarmerie, les gendarmes et les flics de la Ville formaient un barrage pour empêcher les grévistes d’avancer. Comme il leur fallait une victime et qu’ils voulaient montrer qu’ils défendaient le coffre-fort du patronat, le brigadier de gendarmerie, sur l’ordre du commissaire de police arrêta le camarade Saulnier Lucien, notre vendeur du Progrès, l’emmena à son bureau sous prétexte qu’il ne voulait pas lui donnait son nom et le relâcha immédiatement. Notre camarade fût quelque peu malmené et dit au brigadier ces paroles : « Si vous me passez à tabac, nous allons en voir plus long ». Nous demandons à Caillaux la médaille pour le brigadier et le commissaire de police qui l’ont bien méritée en défendant les individus louches et ignobles et en arrêtant les honnêtes gens. Voilà à quoi sert la police sous la 3e République. Elle ne cède en rien aux procédés employés sous l’empire et la royauté. Le soir, une nouvelle manifestation fut faite, cyclistes en avant, pour assurer le service de la voie publique et pour éviter les accidents. Elle passa bien devant chez Landard et remontant vers les soupes communistes les manifestants conspuèrent les jaunes rencontrés sur leur passage. Les soupes fonctionnent à merveille, les secours affluent, les commerçants nous aident et plus de 500 appels ont été lancés dans tous les syndicats du textile, en attendant les secours de la Fédération. Les grévistes sont énergiques, résolus, veulent le renvoi du contremaître Landard, et ne rentreront que lorsqu’ils auront reçu satisfaction. Les solognots autrefois paisibles et doux comme des moutons se réveillent, les femmes se mettent de la partie et si le conflit s’éternisait, il pourrait survenir des incidents regrettables. Dimanche, quelques compagnies de soldats furent consignées, prêtes à partir au 1er signal. Toutefois M. Béranger, maire, a promis de faire tous ses efforts pour éviter des collisions en ne faisant pas paraître la troupe. Camarades, n’hésitez pas à donner quelques gros sous à vos camarades en lutte, de vous dépend la victoire. Adressez les fonds à Pinon Charles, faubourg Saint-Roch ; ou Guerrier Augustin, rue du Puits-Aaron, Romorantin. --- / --- Ordre du jour voté Dimanche à la fin de la réunion Les ouvrières et ouvriers de l’usine Normant, réunis le dimanche 6 août, sous la Halle aux Grains. Après avoir entendu les explications des camarades Delvigne, Ivens, Perly, Petit, Hervier, Soulat, Chalost et Perrot, décidèrent de continuer la lutte et s’engagèrent à ne rentrer dans les ateliers que lorsqu’ils auront obtenu pleine et entière satisfaction. Lèvent la séance au chant de l’Internationale. --- / --- Liste de souscription SOMMES RECUES Syndicat des métallurgistes,25 fr. Un anonyme, 5 Labé, 0.50 Syndicat des Ouvriers d’Art, 50 Un anonyme, 5 M. X, versé par Abert Abel, 0.50 M. X, versé par Spiégel, 1 M. Delahaye, marchand de vin, 15 M. Ruche, 5 Un anonyme, versé par Jollivet, 2 Un anonyme, versé par Gardet, 2 Gallon, Biffault et Girard, à Vierzon, 1.50 Collecte faite à Châtres, versée par Vilpon René, 1.50 Picard Ernest, sur son salaire, 2 Un anonyme, versé par Delvigne, 0.50 Goubert, 0.50 Produit de la quête sur le marché, 50 Reçu de Mlle Serible, 1 Un anonyme, versé par Nollinger, 1 Reçu du camarade Buisson, 1 Reçu de Plotu, 0.50 M. Debray, coiffeur, 2 Collecte atelier Hayem, 8.25 Syndicat métallurgiste, 25 Un anonyme, 1.50 Tortet, marchand de vin, 2 Les Ouvriers d’art de l’usine Normant, 67.60 Reçu de M. Durand, 5 Collecte faite par les ouvriers en bâtiment, versé par Perly, 17 Le Syndicat du bâtiment, 100 Grangie, 3 Bailly, prélèvement sur son salaire, 3 Montigny, voyageur de commerce, 5 Perly, bâtiment, 3 Bigot, horloger, 2.50 Produit des troncs, 1.50 Leroy, marchand de charbon, 1 Un anonyme, 5 Recette des troncs, 0.50 Un anonyme, 5 Montant de la souscription 427 fr.95 » Edition du vendredi 25 août 1911 : « La grève des cardeux continue ----- Romorantin en état de siège Notre ville a perdu son aspect paisible. Les rues sont sillonnées de gendarmes, énervants les habitants et provoquant les grévistes. Jamais Romorantin ne s’est trouvé dans une semblable situation. Les renards se font escorter de gendarmes pour se rendre à l’usine et nos bons pandores vont demander à certains grévistes de reprendre le travail. Malgré la pression exercée ceux-ci ne se laissent pas prendre aux pièges qui leur sont tendus. Matin et soir, à la rentrée des ateliers, les gendarmes gardent la grille. Lundi matin, les patrons escomptant des défections parmi les grévistes ont fait mobiliser de nombreux gendarmes. La circulation fut interrompue et les ouvriers des diverses professions avaient peine à se payer un passage pour aller au travail. Pas un gréviste ne déserta la cause ouvrière et aucune rentrée ne fut constatée au bagne industriel. Toutes les manifestations ayant réussi et les cardeux grévistes ayant […] la classe ouvrière de la ville […] pas été du goût de nos adversaires de laisser continuer librement les manifestations. Plus de 40 gendarmes sont arrivés des cantons environnants et font des patrouilles du matin au soir ; s’il arrive des incidents la responsabilité retombera sur eux et sur ceux qui les ont fait venir. Lorsque il n’y a pas de soldats ni de gendarmes, il n’arrive aucune bagarre. Nous remarquons aussi depuis quelques temps des personnages aux allures suspectes à la tournure de roussins de la police secrète. On sait que le gouvernement a besoin de ces agents provocateurs, de ces Métivier-mouchards pour semer le trouble dans la classe ouvrière. Un de nos camarades a masqué deux de ces tristes individus, qui suivaient les grévistes. Jeudi soir un groupe de jeunes gens se promenaient en chantant précédant quelques gendarmes. L’un de ceux-ci, voulant faire du zèle pris un manifestant à la gorge et le serra si fort qu’il faillit tomber. Il dut s’aliter deux jours. Le héros de ce haut fait est de Mennetou. Nous le signalons à l’attention de ses chefs pour la médaille qu’on ne manquera pas d’accrocher sur la belle tunique que les tisseurs lui ont fabriquée. L’ouvrier qui produit, n’a pas son nécessaire et est malmené, traqué comme une bête fauve par ceux-là même qui ne font rien d’utile et ne vivent qu’aux dépends des travailleurs. L’armée et la police sont payées avec notre sueur pour défendre le capital, le coffre-fort du patronat. Cet état de choses cessera lorsque les ouvriers le voudront. La bourgeoisie se plaint de la dépopulation des campagnes et c’est elle qui favorise l’exode des cultivateurs puisque ces derniers seuls, entrent dans la gendarmerie. Si ces gens là au lieu de venir embêter les ouvriers des villes, restaient à labourer la terre avec les chevaux qu’ils montent pour des charges, ils feraient œuvre utile. Au lieu d’entrer constamment en lutte avec les ouvriers par ordre des gouvernants, ces fils de la terre fraterniseraient avec leurs camarades des villes et travailleraient avec eux à l’émancipation du peuple. Mais en 3e République il n’en est pas ainsi, c’est toujours l’esprit de domination qui règne en maître ; les mots liberté et égalité ne sont que du bluf, le peuple commence à s’en apercevoir. Intimidations pièges Pour arriver à une reprise du travail le patron usa de tous les moyens. D’abord, il apposa une affiche à la porte de l’usine disant que tous les ouvriers ne reprenant pas le travail seraient considérés comme n’appartenant plus à l’usine. Cette manœuvre n’ayant pas réussi, le patron se servit de l’assurance pour tenter un second coup. Il voulut rendre les livrets des assurés en brisant le contrat d’assurance sur la vie. La Compagnie déclara qu’elle ne voulait et ne pouvait pas obéir aux caprices du patron. Une troisième manœuvre fut tentée avec la Société de secours mutuel de l’usine. Depuis plus de 80 ans il existe une Société libre, les ouvriers versent 1 fr. par mois, ils ont droit au médecin, aux médicaments et à 1 fr. par jour d’indemnité, en cas de maladie. M. Normant a toujours été président et l’est encore, les ouvriers n’ayant jamais eu la force ni le courage d’élire le président qui leur convenait. Il considère la Société comme sa propriété, comme l’usine. La semaine dernière le Comité de grève recevait une lettre dans laquelle le patron disait que tous les grévistes qui seraient malades n’auraient droit à aucun secours ; en effet les distributeurs de billets de maladie qui sont contremaîtres et, par conséquent travaillent, ont mandat de ne pas distribuer de billets afin que les camarades malades aillent implorer le patron. Cette manœuvre a été déjouée par les grévistes et les malades ne souffriront pas, le Comité de grève a pris ses mesures. Le patron a commis un abus de pouvoir, les camarades ne s’en tiendront pas là, il faut bien que les responsabilités s’établissent ; les ouvriers mutualistes reprendront la direction de la Société qui compte dans sa caisse 12 000 fr. et jetteront hors du Conseil d’Administration, patron et contremaîtres. Les grévistes lutteront jusqu’au bout, leurs revendications sont justes et modestes. Ce n’est pas l’attitude arrogante du patronat qui les fera fléchir. Les Solognots sont en voie d’émancipation. Pour arriver au but les grévistes comptent sur les gros sous des travailleurs du Loir et Cher pour faire bouillir les marmites. Envoyer les fonds à Guerrier Augustin, trésorier, rue du Puits Aaron, Romorantin. Un incendie Vendredi soir un incendie éclatait chez le sieur Marchand, grainetier et épicier, Grande Rue. Ce commerçant, depuis le début de la grève, s’était montré hostile aux grévistes, répandant à leur égard les épithètes les plus malveillantes. Vers neuf heures, au plus fort du feu, les gendarmes racolaient tous les curieux pour faire la chaîne des seaux et à cet instant tragique, policiers, commerçants et actionnaires des compagnies d’assurances étaient heureux de trouver les grévistes pour aider à l’extinction du feu. Le sinistre fut arrêté grâce au concours des pompiers de l’usine Normant, la plupart grévistes. Tant qu’aux pompiers de la ville, commandés par M. Couppé, il en fut de même que dans les autres incendies ; leurs tuyaux étaient percés et inutilisables, les neufs ne servant que dans les concours. Suivant le proverbe « il faut rendre le bien pour le mal » les grévistes l’ont appliqué et le sieur Marchand a reçu une leçon qui mérite d’être signalée. Les obsèques d’un camarade syndiqué Un camarade, Habert Joseph, tisseur syndiqué, est mort d’une maladie interne, dont il sentait depuis longtemps les effets. Dimanche, plus de 1 500 personnes l’ont conduit au cimetière ; tous les grévistes et leur famille avaient été conviés. Le secrétaire du syndicat adressa quelques paroles d’adieu au nom des victimes du patronat. Au sortir du cimetière, une manifestation s’est formée et s’est déroulée dans le calme, jusqu’à la Halle où avait lieu une réunion. Un provocateur Le 16 au soir un groupe imposant de manifestants parcourait la rue Marceau en chantant. Un renard du nom de Maréchal, fileur, payé, soudoyé pour amener une bagarre, se rua sur le groupe de grévistes au lieu de passer son chemin, la place restant assez large pour ne pas entraver la circulation. Ce provocateur se jeta tête baissée sur les femmes et les enfants et à coups de pieds et de poings voulut couper le cortège des camarades pour se frayer un passage. Il fut quelque peu molesté par les femmes qu’il avait bousculées. Pas un homme ne l’a frappé, au contraire, ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour éviter une bagarre ; cela n’a pas empêché l’agent provocateur de porter plainte contre quelques grévistes. Le jaune Duché Judas Métivier Duché dont nous avons parlé dernièrement pour son acte de jaunisse était lundi à une noce au bal de la Victoire. Fait curieux, deux agents de police sont allés le chercher à son domicile et l’ont conduit jusqu’à l’église. Au retour, le flot des policiers a augmenté : deux gendarmes à cheval suivaient la noce. N’est-il pas honteux de se voir accompagner partout par les policiers, comme un malfaiteur qu’on mène à la prison. Ancien trésorier du syndicat, il s’était attiré l’antipathie des syndiqués. Un certain nombre de syndiqués avaient démissionné à cause de certaines opérations exercées dans ses fonctions. Voulant maintenir l’organisation syndicale les militants étouffèrent les bruits répandus espérant qu’il rachèterait ses fautes. Il fut traître à cette époque et il l’est encore aujourd’hui. Nous raconterons bientôt tout son passé, qui n’est pas des plus brillants. On expulse les grévistes de la salle Ferrer Depuis le commencement de la grève, les grévistes avaient installé les soupes communistes à la salle Ferrer (ancienne école). Voyant que le conflit dure et que les ouvriers sont tenaces, on veut coûte que coûte briser le mouvement. C’est ainsi que l’on vient d’avertir les grévistes d’avoir à quitter le local pour loger les réservistes. On croit les jeter à la rue et les décourager. Les ennemis de la classe ouvrière seront encore déçus dans leurs projets. Les soupes sont installées dans un local de la coopérative d’épicerie et seront là à l’abri des mouchards. Si les ouvriers ont fondé des coopératives, c’est pour les aider en cas de grève, il est donc du devoir des coopérateurs de ne nommer dans le conseil d’administration que des ouvriers et non des éléments étrangers à la classe ouvrière. L’Union Coopérative a déjà fait un geste, elle livre les produits nécessaires aux soupes au prix coûtant. --- / --- Lettre ouverte à M. Hippolyte Normant « Monsieur, Vous ne me connaissez pas. Pour vous, je suis un numéro sur le contrôle de l’usine ; je suis une unité dans la foule des ouvriers qui franchissent quatre fois par jour le portail grandiose de la maison Normant fondée en 1800. Moi, je vous connais pour avoir, tout enfant, suivi avec envie vos joyeux ébats dans les jardins de votre père ; et pour vous avoir vu quelques rares fois parcourir distraitement nos ateliers. Nous avons exactement le même âge. Le jour où vous naissiez chez M. Benjamin Normant et où on préparait pour vous recevoir les fines toiles ornées de broderies et de dentelles, je faisais mon apparition dans le taudis paternel qui abritait, tant bien que mal, plutôt mal que bien, depuis trois générations des cardeux comme moi, des ouvriers de votre père et de vos grands-pères. Je me rappelle encore le vieux bounhomme, le grand-père de mon père, qui ne quittait pas de l’hiver le coin de la cheminée et qui se chauffait tout l’été sur le banc ensoleillé de la porte. Il m’a raconté souvent qu’il avait débuté avec votre ancêtre qui fonda l’usine en installant quelques métiers mus par un cheval. Comme vous, j’ai eu une enfance chétive et douloureuse ; mais tandis qu’on vous entourait de soins, qu’on vous conduisait de la mer à la montagne pour vous sauver et vous fortifier, je passais mes longues journées de souffrance seul à la maison pendant que toute la maisonnée était au travail, à l’usine. J’étais trop souffreteux pour aller à l’école et ce n’est qu’à force de travail acharné que j’ai pu, à vingt ans, apprendre à lire et à écrire un peu. Vous n’avez pas pu, non plus, apprendre étant enfant ; mais lorsque votre santé a été meilleure, alors que j’entrais dans l’usine de votre père, à douze ans, comme rattacheur, on vous donnait pour vous instruire, un précepteur arraché, à prix d’or, des plus grandes écoles de Paris. Et aujourd’hui, alors que depuis un mois nous luttons, mes camarades et moi, pour améliorer notre vie, alors que vous pouvez d’un mot faire cesser le conflit et faire cesser les privations, je ne puis m’empêcher de comparer mon sort au vôtre, de rapprocher nos deux existences ; de peser ce que nous valons tous les deux, ce que nous apportons à l’usine, et ce que nous en tirons. Tous les hommes de ma famille et plusieurs femmes ont, depuis plus de cent ans, donné à l’usine Normant toute leur vie, toutes leurs forces, tous leurs muscles et tous leurs nerfs. J’ai vu mourir autour de moi mes grands-pères, mes oncles, mon père, ma mère, deux de mes frères, tous usés par une longue vie de labeur autour de vos machines. Et je suis aujourd’hui, ce qu’ils étaient alors. J’habite la maison de famille délabrée et branlante, je m’assied à la même table vermoulue, je dors dans le lit qui les vit tous naître et mourir. Mon existence, comme la leur, est une longue suite de privations. J’ai entendu ma grand-mère et ma mère faire des comptes à la fin de la semaine pour essayer de payer le pain, les vêtements, et j’entends aujourd’hui ma femme, quand je lui apporte les 20 fr. de ma semaine se lamenter et se demander comment nous ferons pour vivre. Vous êtes riche vous, très riche et pour vous distraire, on n’a jamais reculé devant la dépense. Vous mettez à une paire de phares pour votre automobile mon salaire d’un an et vous n’avez jamais eu cette angoisse du lendemain qui prend à la gorge tous vos ouvriers ou presque tous. Et pourtant ! ! ! … Mes ancêtres, comme les vôtres, ont fait ce qu’elle est l’usine Normant, ils ont peiné, ils ont souffert pour que vous soyez riche et heureux. Moi, je suis gueux comme ils le furent tous. Vous avez des millions : vous serez demain, le maître d’une usine superbe, d’un matériel perfectionné que vous avez trouvé en naissant, vous commandez en seigneur à tout un peuple de misérables ; et moi je n’ai rien que ma souffrance et ma haine. Réfléchissez, Monsieur Hippolyte, comparez en toute sincérité et vous comprendrez peut-être que, pour cette lutte finale dont on parle dans une chanson que chantent mes camarades et qui me fait pleurer, je suis prêt à sacrifier, s’il le faut, ma misérable existence. P. CARDEUX » --- / --- Pour les grévistes Troisième liste de souscription Roguet Edouard sur son salaire 2 fr. 50 Un anonyme, versé par Bourderioux 4 » Un anonyme, versé par Guerrier 1 » Simon Chalumeau 1 » Gémier, pâtissier 0.50 Jean, pâtissier 0.50 Vve Schwig, pâtissière 0.50 Lambert, cafetier 1 » Mme Charles 0.50 Lepert 1 » Vouillon, manège de chevaux de bois 1 » Foulachon, tir 1 » Moreau, manège 1 » Penelle 0.50 Piquet, débitant 1 » Villedieu Georges, sur son salaire 1.50 Moclé René, d’Oisly 0.25 Barbier, jardinier à Paris 2 » Guérin, laitier 1.50 Leroy, marchand de charbon 1 » Beauvais Raoul, sur son salaire 1.50 Mlle Ida Trumeau 2 » Un anonyme, versé par Gardet 2 » La Gaule Romorantinaise 10 » Un anonyme, 2e versement 5 » Une petite fille en vacances 1.50 Charlon Georges 2.50 Un anonyme, versé par Gardet, 2e versement 2 » Desnavailles, sur son salaire 3 Un facteur, 3e versement 5 » Les ouvriers d’Art de l’usine Normant, 3e versement 67.60 Les ouvrières de la maison Hayem 7.45 Les métallurgistes de l’usine Labbé 3e versement 25 » Montigny, représentant de com- merce, 3e versement 5 » Un anonyme, versé par Guerrier 1 » Un anonyme, versé par Mme Saint-Clivier 1 » Un pharmacien, 3e versement 5 » Un vigneron de Lanthenay 1 Boutet à Vierzon 10 B.D.T. de Lyon 5 » Brissaud, pour em… Landart 0.50 B.D.T. de Bourges 10 Thémelin 2.50 Perly Victor 3 » Spiègel 3 » Tissier, à Châteauroux 10 » Un anonyme, par Spiègel 3 » Roguet Edouard, sur son salaire 1 » Clément, café de la Gare 5 » M. Julliot 1 » Albert Leconte, sur son salaire 2 » Recette des troncs 26.70 Versé par Gauthier : Fédération des Coopératives du Centre 2 » Prolétarienne de Thenay 2 » Economie Sociale 3 » X 1 XX 2.50 Total de la troisième liste 264 fr. Total des listes précédentes 975 fr. 15 Total général 1239 fr. 15 Dans notre deuxième liste de souscription, au lieu de l’Action foraine 5 fr., lire (l’Émancipation foraine du Centre, 5fr.) --- / --- Souscription du Progrès de Loir-et-Cher Th Gellé (S.F.I.O.) au Gault 1 fr » Un socio de Sargé-sur-Braye 0.55 X, à Saint Amand 0.50 Syndicat topographique à Vendôme 5 » Montant des listes précédentes 72 » Montant actuel 79 fr. 05 » Edition du vendredi 15 septembre 1911 : Écho de la grève Certaines personnes, bien pensantes n’auraient jamais cru que Normant, notre Seigneur tout puissant, aurait fait autant de victimes. Sur 58 ouvriers et ouvrières jetés à la rue, 19 furent repris, il en reste encore 39 qui sont victimes de la férocité patronale. 8 sont partis dans les villes environnantes où ils ont trouvé du travail mieux rémunéré ; d’autres s’apprêtent à partir. Les jeunes n’ont rien à perdre, mais il est des anciens dont la situation est quelque peu embarrassante. Le patron osera t’il faire, pour ces derniers, un geste de clémence. Ces ouvriers ont toujours travaillé chez lui. Nous pouvons affirmer que peu d’usines en France possède des ouvriers ayant autant de services. Parmi les révoqués : Une femme compte 58 ans de service ; 10 ouvriers comptent de 20 à 30 ans de services ; un ouvrier compte 35 ans ; 12 ouvriers comptent de 10 à 20 ans ; les autres comptent de 5 à 10 ans. Voilà la récompense accordée aux vieux travailleurs qui ont contribué à grossir la fortune des Normant. La population jugera l’humanité de cet homme. Le sort des camarades chez Normant L’échec de la grève a produit son effet : les ouvriers dociles rentrés au bercail ne sont pas des plus heureux : plus qu’auparavant il est défendu de se parler entre camarades travaillant les uns auprès des autres. Les rigueurs du code patronal se font sentir, et un certain nombre de militants, rentrés dans ce bagne, vont d’ici peu, partir vers des usines où ils seront moins malmenés. - de nombreux cardeux faisaient partie de l’assurance sur la vie, dirigée par Normant ; par suite de la grève le contrat est brisé (d’après Normant) nous le saurons prochainement. Par une nouvelle manœuvre patronale, ces ouvriers ne peuvent pas toucher le montant de leur capital avant six mois et les banques refusent de prêter de l’argent aux révoqués. - Pour la Société de Secours mutuels, nous attendrons quelques temps pour en parler. Nous voulons savoir si un patron, si riche soit-il, a le droit de priver de secours des ouvriers quand, dans la caisse, il y a une dizaine de mille francs. La jolie médaille Chacun sait que le gouvernement donne une médaille à tout travailleur qui a 30 ans de présence chez le même patron. A l’usine Normant ces ouvriers touchaient tous les ans un peu de drap juste de quoi leur faire un pantalon. Ce n’était pas excessif après avoir enrichi le patron. Depuis quelques jours une affiche apposée dans l’usine avertit tous ceux qui approchent de cette période trentenaire qu’ils ne toucheront plus rien. Alors, à quoi servira la médaille Messieurs ? à la mettre sur la poitrine du trentenaire, ce n’est pas ça qui lui donnera du pain. Et comme dit la chanson : Qu’é qu’ça peut bien foute votre jolie médaille Votre jolie médaille en argent Gardez-là donc M. Normant, les ouvriers n’en ont pas besoin ; ils préfèrent une augmentation de salaire. --- / --- Lettre ouverte à M. Normant père « Si je ne me trompe, vous devez avoir 66 ans. Nous sommes, à quelques années près, du même âge ; dans la vieillesse, deux ans de différence ne se comptent pas. Vous rappelez-vous, M. Normant, du temps où vous veniez me remplacer pendant l’heure du repas du tantôt, pour tourner à la main le moulin à indigo ; oh ! ce temps est lointain, vous aviez de 16 à 18 ans. Votre père, M. Hippolyte, vous apprenait ou plutôt vous faisait apprendre le métier de fabricant de drap. Vous étiez à cette époque déjà fort riche ; vous ne parliez pas à vos ouvriers, vous étiez ce que vous êtes aujourd’hui, un avare et un ambitieux ne voulant avoir aucun rapport avec les travailleurs. Je suis entré à l’âge de sept ans comme rattacheur, je gagnais 2 fr. par semaine ; j’étais, comme mes petits camarades, roué de coups, et vous-même vous n’avez jamais rien fait ni rien dit, pour empêcher les fileurs d’alors de cesser ces brutalités ignobles sur des êtres innocents. Vous avez amassé une fortune scandaleuse en payant les hommes de 6 à 9 fr. par semaine, les femmes un sou de l’heure. Vous étiez plusieurs frères, vous avez mené presque tous une vie joyeuse ; cela n’a pas empêché votre coffre-fort de se remplir ; vos frères sont tous morts sans laisser d’enfants et vous avez hérité de toute la famille Normant. Je ne pourrais préciser le chiffre de votre fortune, mais on nous assure que vous êtes inscrit à la Chambre du Commerce de Paris pour la somme de 98 millions. Pendant que vous viviez dans la tranquillité et l’opulence, je passais chez vous de 12 à 18 heures par jour et quelques fois la nuit entière, il a fallu qu’avec ces quelques sous que vous me donniez, j’élève ma famille avec du pain de seigle et des pommes de terre. La maladie, les privations et les longues journées m’ont affaibli depuis longtemps la tuberculose entrant à la maison a mené au cimetière plusieurs de mes enfants. J’ai eu une nombreuse famille ; malheureusement pour moi, heureusement pour vous. Je vous ai donné de la chair à travail et de la chair à canon à très bon marché. Je suis une victime par ma faute ; j’ai travaillé à la repopulation de la France. Au lieu de me voir encouragé, je n’éprouve que des déceptions. Malheur aux familles nombreuses ; le patronat seul en profite. Trois de mes fils ont servi dans l’armée. Ils ont donné le meilleur de leur jeunesse pour protéger les capitalistes et soutenir leur trône d’or ébranlé. En récompense vous venez de jeter à la rue mon aîné, coupable d’avoir fait grève, lui qui vous défendait lorsqu’il était au régiment ; deux enfants lui restent sur les bras, sa femme est souffrante. Vous l’affamez vous voulez le faire mourir lentement, comme les seigneurs féodaux au temps de l’Inquisition, faisaient brûler sur le bûcher. Voilà 61 ans que je travaille dans votre usine et pour salaire, vous me donnez 15 frs par semaine. Croyez-vous qu’à l’heure actuelle on puisse vivre avec cette somme ? Les pères de famille qui ont de jeunes enfants sont dans la même situation que moi. Depuis 100 ans que votre famille a établi son usine, elle a accumulé près de 100 millions de bénéfices. Plus d’un million par an ! Voitures de gala, auto, larbins, femmes de ménage sont à votre disposition. Votre fortune, constituée par les gros sous provenant de la sueur de vos esclaves, vous a permis d’améliorer votre santé depuis longtemps chancelante. Grâce aux petits soins, privilèges réservés aux riches, vous n’avez pas encore été conduit vers le lieu d’égalité où règne la Grande Faucheuse, niveleuse de toutes les iniquités sociales. Il faudra cependant qu’un jour vous payiez votre tribut comme les autres et ce ne sont pas vos millions qui vous arracherons des griffes de la Mort que vous craignez tant. M. Normant, le temps passe, dur parfois pour l’ouvrier, mais la haine reste au cœur. Un jour viendra où, vous ou vos descendants, devrez rendre gorge et restituer aux travailleurs la fortune produite par leur labeur, et ce que vous avez injustement et entièrement gardé. Un vieux révolutionnaire. --- / --- LETTRE OUVERTE à M. Moreau, rédacteur-gérant de la Sologne Nouvelle « Monsieur, Dans un article paru dans la Sologne Nouvelle du 3 septembre et intitulé : « la fin de la grève des drapiers », article qui fourmille d’erreurs, vous me prêtez un rôle que je n’ai pas joué et vous me collez des qualificatifs que je n’accepte pas. Vous parlez du capitaine Soulat et ses hommes, vous parlez aussi de meneurs. Si vous étiez un tant soit peu renseigné sur le mouvement ouvrier et sur l’organisation syndicale, vous sauriez que les meneurs n’existent plus que dans la cervelle des bourgeois apeurés et des journalistes semeurs de panique et que, dans un mouvement de grève, les décisions importantes qui touchent les grévistes sont soumises à tous et ne sont appliquées qu’après ratification de la majorité. Notre devise est : « Ni Dieu, ni Maître ». Il n’y a pas chez nous de pontifes, pas d’hommes indispensables, il n’y a que des bonnes volontés toujours prêtes à se dévouer pour leurs camarades et qui vont jusqu’à faire le sacrifice de leur pain pour obtenir une amélioration pour tous. J’ai été lors de la grève de l’usine Normant, une de ces bonnes volontés, d’autant plus agissante que je suis jeune et vigoureux et que j’ai devant moi toute une vie pour lutter contre l’abominable société capitaliste que vous défendez. Vous dites que j’ai exhalé ma bile dans le bureau du patron. Sachez, M. Moreau, que je ne me fais pas de bile parce que j’ai confiance dans la poussée révolutionnaire, parce que j’ai des bras robustes qui n’ont pas peur de besogner et que je ne suis pas encore prêt à devenir l’esclave de qui que ce soit pour vivre facilement. Je vous dit plus haut que votre article fourmille d’erreurs. Il en a été de même de tout ce que vous avez dit sur la grève. Vous avez voulu, lors de nos premières réunions, vous faufiler parmi nous. Un camarade vous a prié poliment, mais énergiquement de sortir de la Halle ; et c’est probablement pour cela que vous avez, vous, déversé votre rancœur et votre bille sur les grévistes. Vous dites que le Comité de grève a forcé les portes de l’usine. Sachez que nous avons été conduits au bureau par le concierge qui nous a ouvert lui-même la porte. Vous dites encore que Hervier a fait une réunion aux grévistes le dimanche 27 août et qu’il a fait voter la continuation de la grève. C’est faux ! Le 27, Hervier a passé la journée à Bourges. Je n’en finirais pas si je voulais relever toutes vos erreurs ! Vous avez la prétention, paraît-il, de rédiger un journal indépendant et de raconter impartialement les faits. Or, pendant toute la grève, on sentait dans vos articles cette haine et cette peur du mouvement ouvrier caractéristiques de tous les parvenus qui, vivant de la bourgeoisie et singeant ses manières, font tout pour lui plaire. Parlant de la grève à vos lecteurs, vous avez écrit ce qui devait leur plaire, ne parlez pas d’impartialité : la Sologne Nouvelle ne peut pas être impartiale vous savez pourquoi. Les ouvriers de Romorantin vous ont jugé. A. SOULAT » --- / --- Pour les grévistes Cinquième liste de souscription SOMMES RECUES Chambre syndicale des Stéréotypeurs- Galvanoplastes de Paris 5 fr. » Bourse du Travail de Blois 5 » Chambre syndicale des tisseurs et tisseuses de St Quentin 10 » Section socialiste de Seur 2 » Syndicat autonome des tailleurs de pierre de Lausanne 15 » Reçu du camarade Rouzouille, versé par Nollinger 1 » R. D. métallurgiste à Vierzon 1.25 Un chiffonnier du faubourg Saint-Roch 1 » Chambre syndicale des conducteurs, receveurs, employés, etc. de Bourges 10 » Raymond, commis-voyageur 1 » Sandré, dit carabi, ancien tisseur révoqué 1 » S. G. ancien tisseur 1 » Chambre syndicale des ouvriers en toiles cirées de Bourges 5 » Syndicat des métallurgistes de Romorantin, 5e versement 20.50 Fédération Textile de France 250 » Chambre syndicale du Textile du canton de Lannoy 10 » Souscription du Courrier 6 » Syndicat des Métallurgistes de Vierzon 10 » Un groupe de chaudronniers de la Société Française de Vierzon 7.25 Syndicat des Plâtriers, Peintres, de Lausanne 5 » Syndicat des ouvriers Teinturiers, Apprêteurs d’Amiens 2 » Total des listes précédentes 1603 fr. 15 Total général 1972 fr. 15 »
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