Source : Archives départementales de Loir-et-Cher, 230 PER 1911. Périodique la Sologne Nouvelle , année 1911. Sologne Nouvelle (1904-1944) Imprimeur, rédacteur-gérant : M. F. Moreau Titres consultés : Dimanche 30 juillet 1911 : « Encore la grève à l’usine Normant » Dimanche 6 août 1911 : « La grève de l’usine Normant Frères » Dimanche 13 août 1911 : « La grève de l’usine Normant » Dimanche 20 août 1911 : « La grève des drapiers » Dimanche 27 août 1911 : journal manquant aux AD 41 Dimanche 3 septembre 1911 : « Fin de la grève des drapiers » Edition du dimanche 30 juillet 1911 : « Encore la grève à l’usine Normant Depuis jeudi midi, 340 ouvriers de l’usine Normant sont en grève. Voici les faits qui ont motivé cette grève : Un ouvrier laineur nommé Couret, gâcha la semaine dernière, par suite d’un défaut de sa machine, environ 80 mètres de draps de billard à 25 fr. le mètre. Couret fut frappé d’une mise à pied de huit jours. Le syndicat des ouvriers drapiers trouva « la punition excessive », et, vendredi, demanda la réduction de la peine, mais sans l’obtenir. L’ouvrier Couret avait obtenu de finir sa semaine. Lundi dernier, il se présenta pour travailler ; il fut éconduit. Le soir même, une réunion des laineurs et apprêteurs eut lieu, où la grève fut décidée si la punition de Couret n’était pas levée. Il fut décidé également de demander le renvoi du contremaître aux apprêts que les ouvriers accusent de n’avoir sévi contre Couret que par une rancune personnelle. Mardi matin, ces 90 protestataires vinrent à l’usine, mais pratiquèrent la « grève des bras croisés ». A 9 heures, ils étaient avisés que s’ils ne reprenaient pas le travail, ils pouvaient se considérer comme à leur quinzaine (c'est-à-dire renvoyés quinze jours plus tard). Les ouvriers demandèrent une entrevue à M. Normant. Celui-ci, fatigué sans doute des incessantes réclamations de ses ouvriers, refusa tant qu’ils n’auraient pas repris le travail. Les 90 alors quittèrent l’atelier. La propagande fut faite parmi les syndiqués, et, mercredi soir, en une réunion tenue à la mairie par 344 ouvriers et ouvrières de l’usine, la grève par solidarité fut votée par 322 voix contre 22. Jeudi matin, les ouvriers essayèrent encore d’obtenir gain de cause, mais sans résultat. Jeudi, à midi et demi, 340 des ouvriers de l’usine, sur 975, firent grève. Ils se réunirent à la Halle. Le secrétaire du Syndicat, après s’être déclaré heureux de constater que nombre de non syndiqués accompagnaient les syndiqués, les en félicita et déclara que les secours de grève qui pourront être touchés, seront répartis entre tous ceux (syndiqués ou non) qui sont présents. Une liste est aussitôt dressée, de 340 noms. A l’issue de cette réunion, les membres du bureau du Syndicat se rendirent auprès du Maire et du Sous-Préfet qu’ils prièrent de prendre leurs intérêts en mains. MM. Bosney et Béranger se rendirent auprès de M. Normant, mais celui-ci tenant à rester maître chez lui, refusa de leur accorder satisfaction. Cette réponse fut communiquée à 4 heures aux ouvriers réunis en permanence au café Quilloux. La situation en est là. Vendredi matin, trois des grévistes ont repris le travail, deux tisseurs et un rattacheur ; il reste donc en chômage de grève 337 ouvriers et ouvrières. A l’usine on pense pouvoir se passer des grévistes et continuer le travail. Les grévistes, naturellement, escomptent le contraire. Déjà leurs conditions de rentrée sont posées (elles l’ont été dans les réunions où la grève a été décidée) : réintégration de tout le monde ; suppression de la punition de Couret ; renvoi du contremaître Landart, et examen par M. Normant d’un cahier de revendications touchant notamment le relèvement des salaires. Ces conditions ont d’ailleurs été exposées dans une affiche intitulée « A l’opinion publique », placardée vendredi soir sur les murs de la ville. Le feu à l’usine Vendredi, à 11 h. ½ environ, la sirène de l’usine siffla « au feu ». Un incendie s’était déclaré dans des bourres, dans un bâtiment sis au long de la rivière, près de la Grande-Jauge et gagnait des laines blanchies placées dans le même bâtiment. A l’appel de la sirène, l’équipe d’incendie se forma et commença l’attaque du feu. Les ouvriers grévistes qui font partie de la section d’incendie, se rendirent eux aussi aux appels de la sirène et remplirent leur service comme à l’ordinaire. On se rendit d’ailleurs bientôt maître du feu. Mais on assure que cet incendie serait du à la malveillance et que plusieurs foyers d’incendie auraient été relevés. Une enquête a été ouverte à ce sujet par M. Baraduc, commissaire de police. Dernières nouvelles Aux dernières nouvelles de la grève, six des grévistes de jeudi auraient repris le travail aujourd’hui samedi. D’autre part, depuis cet après-midi, des soupes communistes ont commencé à fonctionner avec l’aide de quelques syndicats ouvriers de la ville. Une vingtaine de grévistes s’y étaient fait inscrire et dans la cour de l’ancienne école de la Mairie, les tables installées ont été garnies de nombreux convives, tant hommes, que femmes et enfants. » Edition du dimanche 6 août 1911 : « La grève de l’usine Normant Frères Depuis samedi dernier, la situation de la grève est stationnaire. Malgré différentes démarches, la solution du conflit n’a pas fait un pas en avant ; les grévistes formulent immuablement les mêmes revendications que M. Normant repousse inexorablement. D’abord ce fut le juge de paix qui intervint ; M. Normant répondit qu’il n’avait pas à accepter d’arbitrage ; il s’agit d’une question de discipline, la punition d’un ouvrier fautif, il entend rester le maître d’appliquer les sanctions qu’il juge utile. M. Tillet, juge de paix, insista. Il obtint enfin, après échange de vues avec chacune de deux parties en présence, qu’une conférence aurait lieu entre quatre mandataires de M. Normant et quatre délégués des grévistes. Représentaient M. Normant, MM Hippolyte Normant, son fils, M. Puistienne, son beau-frère, MM Genty et Crozet, ingénieurs. De l’autre côté, les ouvriers Delvigne, Soulas, Gardet, Guerrier. Le résultat fut absolument négatif, les ouvriers exigeant avant tout autre discussion le renvoi du contremaître Landard, ce que M. Normant se refuse à accorder. -« Nous resterons en grève, auraient dit les ouvriers : nous n’avons pas encore touché à notre caisse qui est assez riche pour nous faire attendre aussi longtemps qu’il le faudra ». De fait, pour prolonger le secours de leur caisse, les syndiqués grévistes font des appels aux autres syndicats, tant romorantinais qu’étrangers, et même à la bonne volonté publique. N’ont-ils pas, mercredi dernier, fait une quête sur le marché ? Un certain nombre de forains et quelques particuliers ont donné leur obole, mais combien d’autres et surtout beaucoup de beurrières - qui se plaignent tant actuellement de l’insuffisance de lactation de leurs vaches, que nombre d’entre elles sont obligées de nourrir déjà avec du foin de la dernière récolte – beaucoup firent entendre des protestations, et se refusèrent à ouvrir leur porte monnaie pour garnir la sébile que leur présentait avec tant d’insistance cependant un ouvrier non tisseur et non gréviste. Ils récoltèrent, nous dit Le Progrès , 51 francs. Après avoir passé le long du marché en chantant un peu l’Internationale , ils descendirent de même la Grande Rue, formant un groupe d’une cinquantaine de grévistes, dont une dizaine qui chantaient. Dans la cour de l’ancienne école, les « soupes » continuent à fonctionner régulièrement et à chaque repas, ceux qui en profitent y viennent très joyeusement calmes. *** A la porte de l’usine Normant a été affichée une liste de 177 noms d’ouvriers et ouvrières que M. Normant avise de son intention de les rembourser de leurs primes d’assurances. Comme ces primes ne sont remboursables qu’en cas de décès, de départ ou de renvoi de l’ouvrier, on se demande si M. Normant à l’intention d’exclure d’un coup, même en cas de cassation subite de la grève, les 177 ouvriers et ouvrières dont il a publié la liste ? Du moins le bruit court que les « meneurs » de la grève seraient assurés d’être « sciés », ainsi qu’on dit vulgairement. Dans ces conditions, ceux-là ne pousseraient-ils pas obstinément à la résistance pour tâcher de sauver quand même leur situation menacée ? On prête au Comité de grève l’intention de faire venir dimanche un conférencier de la Bourse du Travail de Bourges. Pourvu que les grévistes ne se départissent point du calme qu’ils ont gardé jusqu’à présent, et qui est une de leurs forces … *** Le bruit court également que les grévistes auraient demandé un secours de grève à la ville de Romorantin. Ils auraient même émis l’idée que les crédits destinés aux fêtes des 13, 14 et 15 août auraient pu être détournés de leur affectation et leur être alloués. Ils en ont été pour leur frais d’insinuation. *** Au sujet de l’incendie éclaté la semaine dernière à l’usine Normant, disons qu’il était dû à l’échauffement de laines et non à la malveillance comme on avait paru le redouter tout d’abord. *** M. Landard, le contremaître de la manufacture Normant visé par les revendications des grévistes, nous adresse la lettre suivante qu’il nous demande d’insérer : Romorantin, le 1er août 1911. Monsieur le Directeur de La Sologne Nouvelle, Dans son numéro du 30 juillet, M. Tremblé, directeur de « L’Écho de la Sologne », a inséré un article dans lequel il met en doute ma probité. Qu’il sache que dans toutes les maisons où j’ai passé comme Directeur d’apprêts, personne tant patrons qu’ouvriers, n’ont eu à se plaindre de moi. Avant d’insérer une calomnie d’une si haute importance, M. Tremblé devait prendre des informations, que seul à Romorantin M. Normant pourrait lui fournir. Il est bon que je fasse connaître à lui et à tous ceux qui pourraient y ajouter foi, les maisons où j’ai été comme directeur d’apprêts. Les voici : J’ai été Directeur d’apprêts dans la maison Maestre près Clermont (Hérault), également dans la maison Legrand à Nouy (Oise), la maison Wiart et Vallerand à Cambrai (Nord). J’ai eu ensuite une maison à mon compte au Caillaud, commune d’Isle, près Limoges. J’ai été professeur en Espagne à Alcooey ainsi que dans la maison Dieuleft (Drôme) d’où je suis parti pour entrer chef à la maison Normant Frères à Romorantin. Dans toutes ces maisons j’ai toujours eu l’estime et la considération du patron ainsi que la sympathie de l’ouvrier, comme ayant toujours rempli intégralement mon devoir envers le patron et l’ouvrier. Je pense qu’à l’avenir, avant d’insérer des articles, M. Tremblé, voudra bien prendre des informations complètes à qui de droit ou si non je me verrais dans l’obligation de l’attaquer. Recevez Monsieur, mes biens sincères salutations. Ch. Landard Directeur des apprêts maison Normant *** DERNIERE MINUTE Ce matin, samedi, M. le Sous-Préfet et M. le Maire de Romorantin, prenant comme prétexte qu’ils venaient chercher la réponse aux desiderata formulés par les ouvriers lors de l’entrevue de jeudi, se sont présentés chez M. Normant et ont encore une fois tenté de l’amener à composition. Une amnistie a même été sollicitée. Mais de même que les ouvriers avaient déclaré d’avance la refuser s’ils ne devaient obtenir le renvoi ou le remplacement de M. Landard, de même M. Normant à refuser d’accéder à ce désir. » Edition du dimanche 13 août 1911 : « La grève de l’usine Normant Situation stationnaire. Aucune nouvelle démarche n’a été tentée auprès de M. Normant, qui, d’ailleurs, tient à sauvegarder en cette circonstance le principe de son autorité, et n’est par conséquent nullement disposé à céder. M. Normant, absent depuis quelques jours, ne doit revenir à Romorantin que dans deux mois. C’est assez significatif ! Aussi les ouvriers commencent à s’inquiéter du résultat auquel ils vont aboutir, et un peu d’énervement en résulte : des manifestations bruyantes ont lieu chaque jour au moment ou les grévistes se rendent à la soupe, et aux heures de rentrée et de sortie des travailleurs de la maison Normant, des « renards » … L’un de ceux contre qui les manifestants crient le plus est M. Duché, tisseur, conseiller municipal, conseiller prud’homme, ancien trésorier du syndicat, qui lors de la dernière grève avait, comme les autres, cessé le travail, et qui, cette fois, jugea la cause illégitime et se refusa à faire grève. Mais c’est encore plus au contremaître Landart que les grévistes s’en prennent. Lundi matin, les plus violents lui lancèrent des pierres. Un agent fut attaché à sa personne pendant quelques jours pour le protéger. Mais la situation ne changeant pas, M. Landart se décida, sur l’invitation du Maire qui ne pouvait continuer à faire ce service extra-privé, à demander à M. Normant de le loger à l’usine, ce qui fut accordé. De la sorte, les manifestants vont crier devant l’usine contre M. Landart, au lieu d’aller crier devant sa maison particulière. Ajoutons qu’un service de surveillance est assuré, chaque nuit, par la gendarmerie à l’intérieur de l’usine. *** En prévision de manifestations moins pacifiques qu’on espère éviter, mais que l’on doit toujours prévoir cependant, un renfort de dix gendarmes à cheval et deux gendarmes à pied est depuis quelques jours arrivé à Romorantin. On parle même –sans que ce soit officiel- de faire venir quelques chasseurs de Vendôme. Souhaitons qu’on n’en ait pas besoin. Nos grévistes ont encore la crainte du gendarme puisque lundi, à l’issue du Conseil, rien que ce mot « v’là les gendarmes » fit se disperser toute la bande qui avait si mal accueilli la décision leur refusant des subsides, et qui, dans la cour de la Mairie, hurlait l’Internationale aux oreilles de nos conseillers, un peu … hébétés par ces véhémentes marques d’hostilité et d’ingratitude. On prête aux grévistes l’intention de saboter les fêtes de dimanche et mardi, d’empêcher les « gâs du Berry » de descendre du train, d’arracher les drapeaux, de huer les autorités, etc … Ce seraient là de purs enfantillages qui ne serviraient en rien la cause des grévistes et nous voulons espérer qu’on leur prête des intentions plus noires qu’ils n’en ont réellement. *** Mercredi soir, après avoir mangé la soupe – que beaucoup, paraîtrait-il, ne trouvent plus aussi bonne qu’au premier jour – les grévistes se formèrent en cortège, cyclistes en tête – « pour dégager la voie » – suivis des enfants (une centaine) des femmes (également très nombreuses) et des hommes (plutôt des jeunes). Ils arborèrent le drapeau rouge, des lanternes vénitiennes, des ballons, tous rouges, et déambulèrent ainsi, vers l’usine d’abord, puis vers l’avenue de la gare, en chantant le répertoire révolutionnaire courant, et une chanson bâclée par le « poâte » de la bande sur le contremaître Landart. Grossi d’un grand nombre de curieux, oisifs et indifférents, le cortège, en revenant, ne comprenait guère moins d’un millier de personnes, dont la plupart chantaient par jeu, avec les grévistes. La police et les gendarmes encadraient le tout, prêts à intervenir en cas d’excès, ce qu’ils n’eurent pas à faire. Dans la journée, les grévistes avaient renouvelé leur tentative de quête du mercredi précédent. Ils n’eurent cette fois aucun succès, les forains déclarant que la grève leur faisait du tort et qu’ils ne pouvaient donner aux grévistes un argent qu’ils ne gagnaient plus sur notre marché. *** Le lendemain, une tentative du même ordre fut faite chez quelques commerçants de la Grande Rue, qui répondirent de façon analogue, en soulignant que depuis quelques temps les grévistes avaient délaissés leurs magasins, et qu’ils trouvaient excessif qu’on osât demander actuellement des subsides précisément à ceux à qui la création de la « Coopérative » faisait le plus grand tort. (On sait que la Coopérative de consommation a été créée avec l’aide pécuniaire du syndicat des drapiers). *** Par crainte de troubles causés par les grévistes pendant les fêtes, tente nouveaux gendarmes sont arrivés vendredi. Ils sont, eux et leurs chevaux, logés comme les autres, à la caserne d’infanterie. Les chefs du mouvement gréviste déclarent qu’ils n’ont nullement l’intention de saboter les fêtes ; mais ils ne peuvent répondre des jeunes gens engagés dans le mouvement, et dont ils ne sont guère les maîtres … Donc … On verra voir, comme dit l’autre. » Edition du dimanche 20 août 1911 : « La grève des drapiers Absolument calmes pendant les trois jours de fête des 13, 14 et 15 août, les grévistes ont, dès le lendemain, recommencé leurs manifestations. Un des « renards » nommé Maréchal, hué par eux, en s’échappant, rue de Loreux, a bousculé un ou deux enfants. Aussitôt il fut bousculé à son tour par des grévistes dont l’une lui laissa sur le visage la marque de ses ongles. La police a reçu l’ordre de faire une enquête à ce sujet. Jeudi il y eut encore de violentes clameurs à différentes reprises dans la journée contre renards et surveillants, mais sans incident autre que quelques goguenardises et injures à l’adresse des gendarmes qui toujours encadrent les manifestants. Vendredi ce fut beaucoup plus calme et l’on n’entendit aucun tumulte. Samedi matin, les grévistes ont déposé entre les mains du Procureur de la République une plainte contre un gendarme à pied qui, en entendant le cri : « A mort les vaches » poussé par un gréviste contre deux gendarmes à cheval qui coupaient leur cortège, en face de la rue des Haies, préféra le prendre au collet et le serrer un peu vivement plutôt que lui dresser procès-verbal pour outrages et injures. Samedi matin, également, à 9 heures, une délégation des grévistes s’est rendue à l’Usine pour avoir une entrevue avec les représentants de M. Normant. Les causes de la grève ont été discutées, ainsi que les revendications des ouvriers. Il semble qu’un terrain d’entente serait possible si M. Normant consent à ne faire aucune exécution parmi les grévistes. Ses délégués lui ont rapporté l’entretien qu’ils ont eu avec les ouvriers, entretien d’après lequel M. Normant doit prendre une décision. On espère que cette décision sera connue dans la soirée. Mais que sera-t-elle ? Les ouvriers transigeraient assez volontiers si on leur laissait à entendre qu’on ne leur imposerait plus, d’ici à peu de temps, la surveillance du contremaître Landart ; mais le point sur lequel leurs délégués sont résolus à ne point céder, c’est la question de la réintégration de tous les grévistes sans exception, à laquelle ils tiennent plus qu’à tout le reste, cela se conçoit. » Edition du dimanche 3 septembre 1911 : « Fin de la Grève des Drapiers C’est la fin de la grève. Les rentrées se font de plus en plus nombreuses et il est à présumer que presque tous les grévistes bientôt auront repris le travail. Quelques-uns ont reçu leur congé définitif : plusieurs ont pris les devants et ont demandé le règlement de leur compte – des militants principalement ; – la plupart ont attendu la signification de leur renvoi : les uns l’ont accepté ; d’autres ont imploré la clémence patronale et tel qui fut des plus acharnés à la résistance, fut encore, grâce à cela, des premiers rentrées. *** Déjà samedi, on pouvait prévoir – nous l’avions dit – la fin prochaine de la grève. Dimanche, cependant, en une réunion où le citoyen Hervier, de Bourges, vint prendre la parole, la continuation de la grève fut votée à la presque unanimité (248 pour, contre 8 non, seulement). Mais il est juste de dire qu’avant de procéder à ce vote, on avait congrûment flétri les « renards » que l’on avait d’avance voués à la vindicte générale. Aussi le vote, on le voit, s’en ressentit, et même la rentrée des ouvriers le lendemain matin, où 7 seulement osèrent lâcher la grève. Il est vrai qu’à midi 10 nouveaux rentaient aussi ; et ce ne fit qu’augmenter depuis lors de demi en demi-journée. Mercredi, les meneurs virent leur cause perdue et décidèrent de finir « en beauté » par un coup d’éclat. Sous couleur d’aller se faire inscrire en demandant leur réintégration, une soixantaine de militants se rendirent à l’usine et forçant les portes se précipitèrent en masse dans les bureaux. Ils y furent un peu de bacchanal, prétendant être là « chez eux », puis M. Hippolyte Normant et M. Genty arrivant, l’orateur de la bande, toujours le citoyen Soulat, prît son jeune patron à partie et, avec une extrême véhémence, avec non moins d’abondance, lui reprocha … tout ce qu’il estimait avoir à reprocher à M. Normant père. Quand il eut exhalé toute sa bile – cependant que des « camarades » se faisaient inscrire en vue de la reprise du travail – MM. Normant et Genty, qui s’étaient astreints à entendre cette diatribe, s’abstinrent d’y répondre directement, et les protestataires n’eurent qu’à s’en aller. Mais, dehors, ils apprirent qu’un des leurs, Boussac Maurice, venait d’être arrêté par un gendarme, qu’il avait insulté. Aussitôt, le « capitaine » Soulat – le secrétaire du syndicat, Delvigne, était depuis quelque temps relégué à l’arrière-plan – commanda à sa troupe de se coucher à terre, ce qui fut aussitôt fait et tous, les bras et les jambes écartés pour tenir plus de place, restèrent immobiles. Suivant la tactique coutumière, c’étaient les enfants qu’on avait placés aux pieds des chevaux des gendarmes massés devant la maison Lionel Normant, tandis que derrière étaient les femmes et seulement après, les hommes jusque devant la porte du square. Et Soulat, tout fier de la discipline militaire de ses « hommes », alla parlementer avec le commissaire de police, réclamant la mise en liberté immédiate de Boussac. Pour éviter des complications à redouter avec un semblable esprit, le commissaire accepta de céder et, Boussac revenu parmi eux, sur un nouveau commandement, tout ce monde se releva pour défiler en chantant ironiquement la Carmagnole au nez des gendarmes et des ouvriers de l’usine dont la sortie se faisait au même moment. Ce fut l’ultime manifestation. Depuis, les demandes de rentrées affluent et les rentrées se multiplient. Pendant six semaines (depuis le 26 juillet), les malheureux entraînés par leur discipline syndicale, menèrent une grève que depuis longtemps beaucoup regrettaient. Qu’y ont-ils gagné ? Rien. Le Progrès reconnaît même qu’ils y avaient perdu – au bout de quatre semaines de grève seulement – 50 000 fr. de salaires. Les meneurs peuvent être fiers du résultat ! *** Vendredi soir, une réunion a eu lieu « avec le concours du citoyen Hervier », salle de la Victoire, dans le but de réorganiser le bureau du syndicat – il se trouve en effet que plusieurs dignitaires du syndicat furent sur la liste des grévistes que M. Normant ne consent pas à reprendre. L’élection aura lieu dimanche. Petit calcul Le Progrès dit qu’au bout de quatre semaines de grève les ouvriers drapiers avaient perdu plus de 50 000 fr. de salaires, et il en tire argument. Or, le Progrès n’a-t-il pas dit aussi il y a quelques semaines, que les salaires moyens des ouvriers de la fabrique Normant étaient de 2fr.50 à 3 fr. par jour ? Voilà qui ne s’accorde plus. Si l’on compte 3 fr. par jour 322 grévistes pendant 24 jours de travail (en acceptant le quinze août et la st Blaise comme jours ouvrables) cela ne fait qu’un total de 23 184 fr. et non de 50 000 fr. D’autre part, si l’on voulait tenir le chiffre de 50 000 fr. pour exact, cela mettrait le salaire moyen à 6 fr.48 par jour et non à 2 fr.50 ou 3 fr. Où est la vérité ? »
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Copyright Décembre 2010
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