Antoine Normant aîné, le chef de la maison Normant frères (1784-1849). Il né le 17 mai 1784 à Villefranche-sur-Cher, et décède le 6 septembre 1849 à Romorantin. Il demeure le plus célèbre de sa famille. Je vous propose ici trois biographies contemporaines de cet homme. Elles ont été réalisées vers 1848-1850. Elles sont très marquées par leur époque et font preuve d'un grand lyrisme. Aussi les auteurs ont un faible souci d'impartialité : leurs récits apparaissent excessivement réducteurs. J'invite l'internaute qui souhaiterais en savoir davantage sur le rôle préçis d'Antoine Normant fils aîné dans la manufacture familiale à se reporter à la lecture d'un article dont je suis l'auteur, intitulé " Retour sur les origines de la manufacture Normant de Romorantin " qui va sortir dans le prochain bulletin du Groupe de Recherches Archéologiques et Historiques de Sologne (G.R.A.H.S.). Première biographie : « M. NORMANT (Antoine – 32,000 voix) est âgé de soixante cinq ans. Il est né à Romorantin [sic]. C’est le chef et le fondateur de l’une des manufactures de draps les plus importantes de la France. Il occupe encore aujourd’hui deux mille ouvriers. Normant était âgé de douze ans, lorsqu’il perdit son père, qui le laissa sans fortune, l’aîné de sept frères et sœurs. Il ne faillit pas à sa tâche pénible et honorable. Il travailla de ses mains. Il sut, simple ouvrier, soutenir et élever sa nombreuse famille, dont il fut le père. En 1809, il fut chargé d’établir et de diriger, à Romorantin, les premières machines qui aient été introduites dans cette ville pour la fabrication des draps. Cet essai, très heureux pour le pays, ne le fut pas pour le capitaliste qui l’avait tenté. Néanmoins Normand, dont la famille avait grandi, continua la fabrication du drap, et son intelligente activité finit par triompher de tous les obstacles, par créer et consolider cette industrie dans la contrée. La maison Normant a dès lors prospéré, et s’est successivement élevée à tous les degrés d’une grande fortune. Son chef est resté célibataire. La ville de Romorantin est devenue sa famille ; son noble cœur s’y est associé à toutes les misères : à mesure qu’il s’est enrichi, la pauvreté a diminué. Ouvrier lui-même, il est demeuré la plus pure et la plus admirable expression du sentiment démocratique. Son dévouement pour les travailleurs est inépuisable, et va jusqu’au sublime dans les fluctuations politiques. Il a été, quand le bien du pays l’a voulu, maire de Romorantin et membre du Conseil général ; il a cessé de l’être, quand cela lui a été permis. En 1835, étant maire, il a fondé, de ses deniers, une salle d’asile, dont il paye les dépenses annuelles. La totalité des enfants pauvres, sans exception, y sont admis, élevés et vêtus. Le prix élevé des aliments, en 1847, a trouvé Normant, comme toujours, disposé à tous les sacrifices. La maison dont il est le chef n’a pas un instant ralenti ses opérations depuis la Révolution. Le chômage, cette calamité du travailleur, n’a pas eu lieu dans les ateliers de la maison Normant ; les produits manufacturés qui ne trouvent pas de débouchés se sont accumulés. Normant y perda probablement beaucoup d’argent ; mais ses ouvriers n’auront pas manqué de pain. Le problème de cet homme de bien aura été résolu. Il est presqu’inutile de dire que, chez M. Normant, la modestie égale la vertu ; qu’il n’a nullement ambitionné le mandat électoral, et ne songeait nullement à se faire investir du tire de représentant du peuple. Mais il a mis toute sorte de dévouement à accepter une honorable et difficile mission dont personne n’était plus digne que lui. » Source : Monsieur NORMANT (pp. 229-231) in Biographie des neuf cents députés à l'assemblée nationale par ordre alphabétique de départements, sous la direction de C. M. LESAULNIER. Revue, corrigé et augmentée de l'indication des adresses de M. le Représentants, PARIS, 22 août 1848 (seconde édition), 556 pages. Deuxième biographie : « M. NORMANT. Manufacturier, Représentant du Peuple (Loir-et-Cher). M. Normant (Antoine), né en 1784 à Villefranche, près Romorantin, avait vingt ans quand il perdit son père. L’aîné de sept frères et sœurs, il travailla de ses mains pour les nourrir : Dieu devait bénir son dévouement. En 1810, il fut chargé de fonder et de diriger une manufacture de draps, condamnée d’avance à ne pouvoir prospérer par les entraves qui y furent apportées. Comme son activité égalait son intelligence, il en fonda une autre, cinq ans plus tard et non sans peine, mais qui triompha de tous les obstacles et devint l’une des plus importantes de France. Il resta célibataire pour pouvoir satisfaire plus facilement l’ardent besoin de son cœur, celui de faire le bien. Ainsi, ni les temps de disette que nous avons traversés, ni la révolution de février n’ont ralentie ses opérations, ne lui ont fait renvoyer aucun ouvrier. Il perdit beaucoup d’argent : mais il résolut son problème d’homme de bien. C’est que, par suite des malheurs arrivés à ses parents, ayant été ouvrier lui-même, et connaissant les misères des ouvriers, il était sympathique à ces misères. M. Normant est, depuis longtemps, maire de Romorantin et membre du Conseil-Général du Département. Il est, de plus, délégué depuis vingt ans au Conseil-Général des manufactures. Il a fondé en 1835, à Romorantin, pour les enfants pauvres, une salle d’asile dont la direction est à ses frais comme l’a été la construction. Il a encore fondé, à l’hospice de la même ville, trois lits pour des vieillards malheureux. Aux élections d’avril, M. Normant recueillit l’honorable fruit de ses œuvres de charité : trente deux mille soixante voix pour l’Assemblée nationale, mais qu’il n’avait nullement sollicitées, parce que chez lui, modestie et bonté marchent du même pas. Il ne faut pas demander si, à l’Assemblée nationale, ce représentant s’est associé avec bonheur aux mesures qui ont pour objet l’adoucissement du sort des classes ouvrières. Mais, comme il est ami de l’ordre sans lequel il n’est point de société possible, il l’a défendu par ses votes en toute circonstance. Ce n’est pas un homme comme lui qui prêterait la main à des bouleversements nuisibles, surtout aux malheureux pour lesquels il éprouve et a toute sa vie manifesté des sympathies si profondes. J.-B. PARIS - IMPRIMERIE DE MADAME DE LACOMBE, RUE D’ENGHIEN, 12.» Source : Archives Départementales de Loir-et-Cher, broch 898. Monsieur Normant, manufacturier, Représentant du Peuple (L&C), 2 pages signées J.B., Paris, Imprimerie de Madame de Lacombe, sans date renseignée Troisième biographie : « M. NORMANT AINÉ, ANCIEN MEMBRE DU CONSEIL GÉNÉRAL DE L’AGRICULTURE, DES MANUFACTURES ET DU COMMERCE. DU CONSEIL MUNICIPAL DE ROMORANTIN. DU CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DE LOIR-ET-CHER. ANCIEN MEMBRE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE ET MAIRE DE ROMORANTIN, FABRICANT DE DRAPS, A ROMORANTIN. M. Normant (Antoine) est né le 17 mai 1784 à Villefranche-sur-Cher, près Romorantin, d’une famille honorable, ayant une honnête aisance qui lui fut enlevée à la suite de la révolution de 1789, par le maximum. M. Normant, l’aîné de huit enfants restés à peu près sans ressources, comprit de très bonne heure qu’il avait une tâche bien lourde à remplir et de rudes épreuves à traverser, mais son courage et son caractère se développèrent à l’égal des difficultés de sa position et ils firent présager ce qu’il ferait un jour : aidé par ses jeunes frères, que son exemple et ses conseils encourageaient, ils parvinrent tous ensemble, à force de travail, d’ordre, d’économie et de persévérance, et après de longues années péniblement employées, à élever une fabrique de draps, bien petite d’abord, mais qui prit graduellement de l’extension. En 1830, cette fabrique connue sous la raison sociale, Normant frères, occupait déjà 800 ouvriers ; depuis cette époque, elle en a doublé le nombre et fondé des succursales à Elbeuf, Paris, Toulouse, Angers et Châteauroux. En 1848, non-seulement elle résista à la crise commerciale qui suivit le 24 février, mais elle ne diminua pas un seul instant l’importance de sa fabrication et sut, au prix de grands sacrifices, il est vrai, mais dans une pensée de philanthropie et de dévouement patriotique, donner constamment de l’ouvrage à son nombreux personnel. Les qualités d’esprit, de caractère et de haute intelligence qui distinguaient M. Normant, furent justement appréciés, non-seulement par l’autorité supérieure qu’il l’appella au conseil général de l’agriculture, des manufactures et du commerce et le nomma deux fois (en1840 et 1847) maire de Romorantin, mais encore par ses concitoyens dont le vœu et les suffrages lui ont ouvert tour à tour les portes du conseil général de Loir-et-Cher ; pendant les quelques années qu’il a siégé dans cette dernière assemblée, il a participé à tous les travaux du conseil : ami du progrès sage et gradué, M. Normant s’est toujours prononcé pour les réformes utiles et pratiquement exécutables ; ami des classes pauvres et laborieuses, il a généralement plaidé leur cause, réclamant pour elles, entre autres bienfaits, ceux de l’instruction primaire, car il était convaincu, avec tous les bons esprits, avec tous les vrais philanthropes, que le plus sûr moyen de moraliser le peuple, c’est de l’instruire. Sa sollicitude pour les classes ouvrières ne se bornait pas à de simples votes, elle s’est révélée par de nombreux actes entre lesquels on doit citer la fondation, à ses frais, d’une salle d’asile qui reçoit gratuitement plus de 300 enfants. Cet établissement, dont l’entretien et l’administration ne coûtent pas un centime à la ville, est un modèle de ce genre et fait l’admiration de toutes les personnes qui le visitent et savent apprécier de quelle utilité il est pour la santé, le bien être et la moralisation des enfants qui y sont admis. Après l’avènement de la République, et sous l’empire du suffrage universel proclamé presqu’en même temps qu’elle, M. Normant reçut la plus haute marque de confiance dont puisse être entouré un citoyen par voie d’élection : il vit sa candidature mise en avant par toutes les opinions du département de Loir-et-Cher et les hommes qui avaient été ses adversaires politiques, rendant hommage à l’honorabilité de son caractère, lui donnèrent leurs suffrages. Son nom sortit l’un des premiers de l’urne du scrutin, sur 55 000 votants, il réunit 45 808 voix. M. Normant était alors maire de Romorantin, il aurait désiré ne s’occuper que de l’administration de la ville, mais les circonstances impérieuse dans lesquelles se trouvait le pays ne lui permettaient pas de refuser une fonction dans laquelle il pouvait y avoir quelque bien à faire et des dangers à courir. Il accepta donc sa nomination. A l’Assemblée Constituante, où il entra par une porte si honorable, M. Normant se montra digne du mandat dont il venait d’être investi, mandat de probité politique et de généreux désintéressement, qu’il prie au sérieux par son assiduité aux séances publiques, son exactitude aux réunions dans les bureaux, son activité laborieuse au sein des commissions. Étranger à tout esprit de coterie, il ne voulut relever que de sa conscience, et, pour qu’une mesure quelconque obtint l’adhésion matérielle de son vote, il fallait avant tout qu’elle fut sanctionnée par l’adhésion morale de sa raison. Voici, au surplus, le relevé officiel des délibérations au scrutin public sur les principaux projets de loi ; il s’est prononcé successivement : Pour la mise de Paris en état de siège. Pour la suspension des journaux. Contre le droit au travail. Contre les deux chambres. Contre le vote à la commune. Contre le vote au canton subdivisé. Pour la mise en accusation de Louis Blanc et de Caussidière. Pour le vote de confiance au cabinet Dufaure et Vivien. Pour l’ordre du jour du 25 novembre, déclarant que M. le général Cavaignac avait bien mérité de la Patrie. Contre l’amendement Grevy, point de Président de la République ; Contre la nomination du Président de la République par l’Assemblée ; Pour la réduction de l’impôt sur le sel. Pour la proposition Rateau ; Pour la fermeture des clubs ; Pour la proposition d’amestie générale ; Contre l’expédition romaine, etc. Les travaux de l’Assemblée Constituante terminés, M. Normant refusa d’entrer à l’Assemblée Législative, pour donner son temps et ses soins à l’administration municipale qu’il avait du quitter momentanément, et pour s’occuper aussi de l’industrie qu’il avait créée et dirigée avec tant de succès. Au moment de vivre plus tranquille et de se livrer plus que jamais aux nobles inspirations de son cœur, en faisant tout le bien que sa position de fortune lui permettait de réaliser ; une longue et douloureuse maladie l’enleva à sa famille, à ses nombreux amis et aux malheureux dont il avait toujours été le père. Il est décédé le 6 septembre 1849. » Source : Archives Départementales de Loir-et-Cher, broch 1026. Monsieur Normant aîné, extrait du Panthéon Biographique Universel, pp.155-159, Paris, sans date renseignée Voici deux autres biographies en ligne (toujours dans le même esprit) : in Gallica, bibliothèque numérique : Biographie parlementaire des représentants du Peuple à l'Assemblée Nationale. Maurice ALHOY, 1848, 510 pages. in Site de l'Assemblée Nationale : Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889.A. ROBERT et G. COUGNY. -
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