René Hippolyte Normant a été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 10 décembre 1850. Les Archives Nationales, qui conservent la majorité des dossiers de Légion d'Honneur, ne possèdent pas celui de Monsieur René Hippolyte Normant. En revanche, un dossier au sujet de sa nomination est conservé aux Archives départementales de Loir-et-Cher à Blois. Il se compose de deux documents : une lettre datée du 25 novembre 1850 rédigée par le sous-préfet de Romorantin à destination du préfet de Loir-et-Cher. Le fonctionnaire, suite à une demande qui lui avait faite, évoque longuement le parcours de Monsieur Normant et il joint à sa missive une notice biographique . L'autre document est un certificat délivré le 19 février 1851 par le sous-préfet. Voici les deux courriers : « DOSSIER HYPPOLITE NORMANT (1850-1851) » « REPUBLIQUE FRANÇAISE LOIR-ET-CHER SOUS-PREFECTURE DE ROMORANTIN Romorantin, le 25 9bre 1850 Monsieur le Préfet, J’ai l’honneur de vous adresser la notice que vous m’avez demandé sur M[onsieu]r Hypolite Normant par votre dépêche du 22. Je vais maintenant le plus succinctement possible vous donner mon opinion sur la faillite du S[ieu]r Marseille j’ai puisé à des sources très pures et désintéressées les renseignements dont j’avais besoin moi-même pour savoir jusqu’à quel point Mr Hypolite a pu être mêlé à cette faillite. Commençons par éclaircir ce fait il le sera d’une manière péremptoire, car le Sr Marseille faisait sa faillite en 1812 et puisque Mr Normant n’a pas encore 59 ans il ne pouvait avoir que 15 ans environ. On fit un concordat en 1813 il avait 16 ans que peut-on imputer à un enfant. Voici sommairement les faits : Mr Normant père demeurant com[mun]e de Villefranche est mort en 1810 laissant de mauvaises affaires comme fabricant de draps et de plus huit enfants. Le Sr Marseille leur cousin faisant des affaires pour son compte, sembla prendre la défense de ses malheureux il voulut relever cette fabrique, mais comme il faisait aussi du drap pour son compte, il emprunta à la succession Normant jusqu’à 40.000f. et fit obliger plusieurs fois solidairement avec lui M. Antoine Normant l’aîné qui avait 12 ans de plus que Mr Hypolite. Mais tout devait s’engloutir dans des mains aussi incapables que celles du Sr Marseille il fit un arrangement avec ses créanciers particuliers et leur donna 40 pour % et un concordat en 1813 accordat 60 pour % aux créanciers de l’établissement Normant tout y fut vendu, il ne resta rien absolument rien car les créanciers saisi de piété laissèrent à Antoine et à Hypolite Normant qui travaillaient alors comme ouvriers fileurs un lit et quelques meubles et outils. Ils se mirent à travailler avec ardeur et intelligence, ils obtinrent des crédits et dès 1816 ils fabriquaient en 1830 ils avaient 1.200 ouvriers. Il est facile de comprendre que des créanciers du Sr Marseille et de la maison Normant qui n’ont reçu qu’un dividende, bénévolement accepté cependant, ont toujours convoité, depuis, la caisse de MMrs Normant frères et ont même quelques fois tenté auprès d’eux des démarches pour grossir ce dividende, mais Mr Antoine Normant si généreux, si prodigue même, garçon sans enfant, lui qui dépensait 20 000f. pour chaque élection de Durand de Romorantin, n’a jamais rien voulu accorder à ses créanciers dans la crainte qu’ont vint à dire qu’ils réparaient les torts qu’ils avaient fait quand le Sr Marseille seul avait amené une catastrophe qui ne laissa pas 100f. aux enfants Normant. Fort de leur conscience, ayant refait pas à pas, avec un travail de 35 ans une fortune qui empêchent leurs anciens créanciers de dormir, ils méprisent les railleries de ces jaloux mais ils n’ont pas la prétention de les faire taire. Quand Augustin Normant leur frère a fait de mauvaises affaires ils n’ont pas voulu que ce nom glorieux dans la fabrique fut entacher, ils ont dépensé 200 000f. pour désintéresser les créanciers et l’ont remis à flot en passant la fabrique à ses enfants. Voilà Monsieur le Préfet l’histoire de cette faillite qu’on a toujours jeté à la tête d’industriels qui sont la gloire et la fortune de leur ville et pour laquelle Mr Hypolite Normant encore enfant n’a pu encourir aucun blâme raisonnable. Je tiens, avec respect, Monsieur le Préfet Votre très humble serviteur, Le S. Préfet. Notice sur M. Hypolite Normant command[an]t de la garde nationale de Romorantin Mr Hypolite Normant, commandant de la garde nationale de Romorantin, depuis 1845, est fils de ses œuvres, simple ouvrier en drap en 1815, il est maintenant seul propriétaire et gérant de la maison Normant frères qui occupe à Romorantin, seulement, plus de 2 000 ouvriers, à la fabrique des draps, en faisant annuellement, pour environ 3 000 000f. d’affaires. Il a encore en France quatre autres maisons, succursales de sa fabrique, à Paris, à Elbeuf, à Toulouse et à Angers. Lors de la perturbation commerciale de 1848 qui provoqua la fermeture d’un grand nombre de fabrique, la réduction des ouvriers et la diminution du prix de la main d’œuvre, non seulement Mr Normant garda tous ses ouvriers, mais il ne leur fait subir aucune diminution. On peut facilement apprécier combien ce désintéressement lui imposa de sacrifices pendant l’année 1848 qui brisa tant d’existences commerciales. Mais si quelque chose dénote chez Mr Normant, lui père de sept enfants, ses sentiments de philanthropie, c’est que s’associant aux idées bienfaisantes de son frère dont il voulu continuer l’œuvre de charité, il fournit gratuitement à la ville de Romorantin un établissement de salle d’asile dans les plus splendides conditions puisqu’il a couté 80 000f. et qu’il entretient cet établissement contenant plus de 300 enfants au prix de 3 000f. par an. Nous posons en principe qu’un homme qui tient dans ses mains, l’expression politique d’une ville par son influence et son immense fortune, qui possède la plus importante fabrique de draps de France par le nombre de ses ouvriers et la quantité de ses produits, rivalisant avec Elbeuf, Louviers et Sedan, ceci est incontestable et incontesté car il est l’occasion du travail de plus de 3 000 ouvriers sur le territoire de la république, qui a développé depuis cinq ans qu’il commande la garde nationale autant d’impartialité que de fermeté et qui dans sa position de père de famille fait chaque année, l’abandon à la ville de Romorantin un revenu de 7 000f. nous disons qu’un gouvernement ferait un acte de haute justice et de bonne administration, en donnant à cet homme la croix de la légion d’honneur lorsque ses qualités personnelles et l’estime qui s’attache à son nom le recommande encore à l’autorité. Le Sous-Préfet de Romorantin » ------------------------------------------- « REPUBLIQUE FRANÇAISE LOIR-ET-CHER SOUS-PREFECTURE DE ROMORANTIN Romorantin, le 19 février 1851 Le S. Préfet de l’arrond[issemen]t de Romorantin certifie que Mr René Hypolite Normant nommé chevalier de la légion d’honneur le 10 décembre 1850 a été commandant de la garde nationale de Romorantin depuis 1846 jusqu’à ce jour, mais il sait que c’est plutôt comme fabricant que l’autorité a appelé sur lui la faveur de Monsieur le Président de la République. Mr Normant occupe sur le territoire de la république environ 2 000 f sur ce rapport et sur la quantité des produits la fabrique de Mr Normant n’a pas d’analogue en France. En fait de quoi il a délivré le présent Le S. Préfet de Romorantin » Source : Archives Départementales de Loir-et-Cher, 1 Mv 15, dossiers individuels nominatifs, lettres M & N. Dossier de René Hippolyte Normant concernant sa nomination à la Légion d’honneur, 1850-1851.
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