Source : Archives départementales de Loir-et-Cher, 104 PER 1911. Périodique l'Echo de la Sologne , année 1911. Écho de la Sologne (1869-1940) Journal conservateur de l’arrondissement de Romorantin Paraissant le dimanche Directeur-gérant : J. Tremblé Titres consultés : Dimanche 30 juillet 1911 : « Encore la grève » Dimanche 6 août 1911 : « La grève de l’usine Normant » Dimanche 13 août 1911: « Grève révolutionnaire » Dimanche 20 août 1911 : « La grève » Dimanche 27 août 1911 : « La grève de l’usine Normant » Dimanche 3 septembre 1911 : « Grève terminée » Edition du dimanche 30 juillet 1911 : « Encore la grève Une partie des ouvriers de l’usine de drap Normant sont encore en grève. Les motifs de cette nouvelle cessation de travail sont absolument ridicules et l’on voit, une fois de plus, une agitation créée de toutes pièces, par des meneurs qui comptent tirer profit de la crédulité des malheureux qui les écoutent. Nous avons interrogé plusieurs grévistes, puis nous avons demandé des renseignements à l’usine même et nous avons pu nous rendre compte que les causes de la grève tiennent entièrement dans le besoin, pour certains agitateurs, de reprendre le prestige de la tentative de Janvier leur avait fait perdre. Ces derniers jours, un laineur chargé de la conduite d’un métier négligea son travail au point de faire perdre pour près de deux mille francs de drap. La direction de son atelier lui infligea comme punition une mise à pied de huit jours. Les camarades de l’atelier voulurent couvrir cet ouvrier négligeant et décidèrent de se mettre en grève. Le Syndicat, toujours disposé à jeter de l’huile sur le feu, saisit la balle au bond, et des réunions furent organisées afin de trouver un prétexte plausible à une cessation de travail. Au grief de la réintégration de l’ouvrier mis à pied, on réclama le renvoi d’un contremaître, que l’on accuse, à tort ou à raison, de voler une partie des salaires de son atelier. Une délégation du Syndicat drapier se présenta chez M. Normant et exposa les demandes du Syndicat formulées au nom des ouvriers. Comme il fallait s’y attendre, M. Normant, seul maître chez lui, refusa d’obtempérer aux sommations et aux menaces qui lui étaient faites. Aussitôt une partie des ouvriers, la moitié environ, cessèrent le travail et refusèrent de rentrer jeudi après-midi. Une affiche posée sur la porte d’entrée fit savoir aux grévistes que ceux qui ne seraient pas rentrés le lendemain, seraient considérés comme démissionnaires et qu’ils ne seraient admis dans les ateliers qu’après la délivrance d’un ticket d’embauchage donné par le service de la comptabilité. Cette mesure produisit un certain effet et un grand nombre d’ouvriers reprirent le travail qu’ils auraient mieux fait de ne pas quitter. Vendredi soir, il y avait exactement 34 % de chômeurs, et tout porte à croire qu’un certain nombre d’entre eux auront à se repentir de ce nouvel acte de rébellion que rien ne justifie. *** Le Syndicat prétend tenir bon et affirme pouvoir résister assez longtemps pour amener la direction de l’usine à composition. Des soupes communistes vont être organisées et des secours seront donnés de tous côtés. Il est bien douteux que tous ces moyens fassent aboutir dans l’intérêt des ouvriers, un mouvement dépourvu de toute légitimité. La solidarité est une belle chose, mais il nous semble que dans le cas qui nous occupe, il eut été bien plus simple et plus sage au Syndicat de fournir à l’ouvrier mis à pied les subsides nécessaires pour vivre pendant une semaine, que de réduire au chômage des centaines d’ouvriers qui suivent le mouvement par crainte et la mort dans l’âme. Pour quelques francs qu’il était facile de demander aux camarades de l’atelier, on essaie un mouvement révolutionnaire et l’on fait perdre des milliers de francs de salaires, surtout que tous les ouvriers que nous avons vu reconnaissent eux-mêmes que le laineur puni était coupable de négligence. Nous savons très bien quels sont les meneurs de toute cette aventure, et nous demandons aux véritables intéressés s’ils pensent que certains socialistes fonctionnaires et rétribués par le budget, pourront leur venir en aide et leur rendre ce qu’ils auront perdu ? Encore une fois, ils verront que les conseillers ne sont pas les payeurs. » Edition du dimanche 6 août 1911 : « La grève de l’usine Normant La situation n’a pas changé depuis huit jours, les ouvriers qui estiment que mieux vaut se reposer par ces grandes chaleurs que travailler, sont toujours au nombre de 330. Les soupes communistes fonctionnent dans la perfection depuis samedi et délivrent environ 500 rations par jour. Disons que ces soupes communistes justifient à merveille leur nom car jusqu’ici elles ont été alimentées par les dons volontaires des grévistes qui apportent les produits de leurs jardins ou de leur pêche. Il paraît qu’il est plus économique de chômer et de fournir les denrées nécessaires pour faire bouillir la marmite générale, que de remplir sa journée. Afin de faire durer le plaisir plus longtemps, le Comité de la grève commence à faire des quêtes à domicile. Mercredi, jour du marché, les grévistes parcouraient le marché en mendiant une aumône quelconque qui ne tombait sans doute pas car après une première tournée, nous avons eu la joie de voir las mandigots improvisés se transformer en chanteurs et pendant des heures une cinquantaine d’entre eux parcoururent les rues en hurlant l’Internationale et la Carmagnole . *** Le plus triste de l’affaire, c’est que les grévistes ne sont pas considérés comme tels à l’usine. M. Normant a fait rayer du personnel tous ceux qui refusaient de reprendre le travail et pour rentrer de nouveau dans la maison il faut faire une demande comme pour un premier embauchage. Les grévistes n’ont pas encore compris la situation qui est pourtant bien simple ; Ne travaillant plus et refusant de rentrer, ils sont considérés comme démissionnaires et ils ne font plus partie du personnel de la maison. Déjà un certain nombre de solliciteurs qui attendaient des places, ont été embauchés, et selon toute probabilité, le personnel de l’usine sera vite au complet, surtout si la direction se décide à faire appel aux ouvriers étrangers au pays. En cette saison il y a des milliers de chômeurs dans l’industrie du tissage à Elbeuf, et une simple annonce dans un journal de cette ville, permettra de compléter le personnel avec des ouvriers de la partie. ------------------------ Un passage de notre compte rendu de la grève paru dans notre dernier numéro ayant déplu à M. Landard, ce dernier nous adresse la lettre suivante que nous insérons bien volontiers. Romorantin, le 1er août 1911. Monsieur le Directeur de L’Écho de la Sologne , Dans votre numéro du 30 juillet, vous avez inséré un article dans lequel il met en doute ma probité. Sachez Monsieur que dans toutes les maisons où j’ai passé comme Directeur d’apprêts, personne tant patrons qu’ouvriers, n’ont eu à se plaindre de moi. Avant d’insérer une calomnie d’une si haute importance, M. Tremblé devait prendre des informations, que seul à Romorantin M. Normant pourrait lui fournir. Il est bon que je fasse connaître à lui et à tous ceux qui pourraient y ajouter foi, les maisons où j’ai été comme directeur d’apprêts. Les voici : J’ai été Directeur d’apprêts dans la maison Maestre près Clermont (Hérault), également dans la maison Legrand à Mouy (Oise), la maison Wiart et Vallerand à Cambrai (Nord). J’ai eu ensuite une maison à mon compte au Caillaud, commune d’Isle, près Limoges. J’ai été professeur en Espagne à Alcooey ainsi que dans la maison Dieuleft (Drôme) d’où je suis parti pour entrer chef à la maison Normant Frères à Romorantin. Dans toutes ces maisons j’ai toujours eu l’estime et la considération du patron ainsi que la sympathie de l’ouvrier, comme ayant toujours rempli intégralement mon devoir envers le patron et l’ouvrier. Je pense qu’à l’avenir, avant d’insérer des articles, M. Tremblé, voudra bien prendre des informations complètes à qui de droit ou si non je me verrais dans l’obligation de l’attaquer. Recevez Monsieur, mes biens sincères salutations. Ch. Landard Directeur des apprêts maison Normant » Edition du dimanche 13 août 1911 : « Grève révolutionnaire Les grévistes de l’usine Normant commencent à perdre le calme des premiers jours et la grève s’accuse de plus en plus être en mouvement révolutionnaire. Les grévistes sont de plus en plus échauffés et l’on commence à craindre que des troubles sérieux éclatent. Lundi soir à 10 heures ½ les grévistes ont commencé à se former en cortèges, parcourant la ville au chant de l’Internationale et de La Carmagnole entrecoupés par des clameurs et des menaces contre le contremaître dont ils demandent le renvoi. Mercredi soir le cortège s’est de nouveau formé, mais on avait adjoint le drapeau rouge, emblème obligatoire de tout mouvement gréviste qui se respecte surtout quand ce mouvement est encouragé par des instituteurs laïcs comme c’est le cas ici. Jeudi même histoire, mais vendredi nous avons eu le calme le plus complet. Peut-être, ce calme a-t-il été motivé par l’arrivée d’un certain nombre de gendarmes à pied et à cheval envoyés de tous les points du département. *** Au point de vue patronal et ouvrier, les choses sont au même point que la semaine dernière. M. Normant ne veut céder en rien et l’opinion publique l’approuve à l’unanimité, de leur côté les grévistes proclament qu’ils ne reprendront le travail qu’après avoir obtenu satisfaction. On voit que les choses ne sont pas près d’être arrangées. Ce qui est certain c’est que tous les grévistes sont considérés comme sortis de l’usine et que pour être embauchés il faut faire une demande de travail qui les place comme des débutants. Actuellement leur grève leur a fait perdre tous leurs droits d’ancienneté et tous les bénéfices qu’ils pouvaient considérer comme acquis, notamment la caisse de capitalisation. *** Un de nos lecteurs nous adresse la petite fantaisie qui résume bien la situation. Autour de la grève de l’usine Normant Entre ouvriers rentrant à l’usine : - As-tu vu cela, toi, que notre règlement dit que nous devons laisser tourner nos machines en notre absence ? - C’est le Progrès et le Courrier qui le disent, mais tout le monde sait bien qu’il faut lire ces journaux à l’envers pour connaître la vérité. Du reste Couret a reconnu publiquement qu’il avait eu tort. *** Entre femmes de petits rentiers sur le marché : - Aujourd’hui nous avons pu choisir nos denrées, les cardeux ne sont pas venu au marché. - Pour ça, c’est vrai qu’il n’y a rien de trop cher et de trop beau pour eux. - Dame, savez-vous que les tisseurs gagnent 5 à 6 francs par jour. *** Entre petits commerçants : - Ils ne manquent pas d’aplomb, les Syndicats drapiers, de faire appel aux commerçants. Ils ont fondé des coopératives de boulangerie et de toutes espèces de marchandises. Le petit commerce qui les aidait et lui faisait crédit est à peu près ruiné et c’est chez nous qu’ils viennent mendier. Ah bien non, alors. - Le Maire a bien fait d’interdire les quêtes à domicile. *** Entre vignerons : - Si les cardeux se figuront que nous allons les plaindre, ils se mettent le doigt dans l’œil. - Oui, ils ont payé 20 000 francs un magasin pour débiter du vin du Midi, dans toute la ville et aux environs. Faudrait bien être fou pour plaindre ces types là. Conclusion : Décidément les grévistes ne semblent pas très sympathiques à la population romorantinaise, et tout le monde approuve l’attitude énergique de M. Normant. » Edition du dimanche 20 août 1911 : « La grève Rien de changé depuis la semaine dernière, chaque parti conserve ses positions, mais la situation des grévistes commence à devenir critique. On en a la preuve dans la « Chasse aux Renards » organisée depuis mercredi. Déjà un de ces « feignants » qui veulent travailler quand même a été sérieusement malmené pour qu’une enquête judiciaire soit ouverte. Une entrevue a eu lieu samedi matin entre les délégués grévistes et les représentants de M. Normant mais elle n’a donné aucun résultat. Ceux qui ont envie de travailler n’ont qu’à rentrer à l’usine si l’on veut bien les reprendre, mais la Direction ne cédera pas et tous les habitants de la ville sont unanimes pour approuver la fermeté du chef qui veut et doit être maître chez lui. TRIBUNE LIBRE On demande la fin Nous recevons la lettre suivante : Monsieur le Directeur, Pourriez-vous demander à M. le Maire de Romorantin, ou à son défaut à M. le Sous-Préfet, si les habitants de notre paisible petite cité sont condamnés à subir encore longtemps les cortèges et les violences de MM. les grévistes ? Il serait pourtant bien facile de mettre un terme à ces manifestations : un simple arrêté municipal suffirait. Si M. le Maire ne veut pas assumer la responsabilité d’un pareil acte, il lui reste toujours la ressource d’abandonner la police de la ville entre les mains de M. le Sous-Préfet qui n’aura qu’à interdire les cortèges et les attroupements. Dans le cas, improbable où les grévistes voudraient passer outre, les gendarmes sont assez nombreux pour vaincre leur résistance. Je suis sur que ces derniers aimeraient mieux charger pour disperser les groupes que de marcher derrière le drapeau rouge, au chant de l’Internationale et de La Carmagnole . S’il s’agissait d’une procession religieuse on ne prendrait pas tant de ménagements et depuis longtemps les interdictions les plus rigoureuses auraient été signifiées aux intéressés. Veuillez agréer, etc. … Un contribuable. » Edition du dimanche 27 août 1911 : « La grève de l’usine Normant . La grève des « Cardeux » semble toucher à sa fin. Cette semaine, un grand nombre de défections s’est produit dans le camp des grévistes et de nombreuses rentrées ont eu lieu. Le comité de grève a pourtant employé tous les moyens pour s’opposer à ce résultat, mais les grévistes assez éclairés pour comprendre l’inanité des revendications formulées, en ont assez de ce chômage imposé par quelques individus sans mandat et sans autorité pour condamner des centaines de personnes au chômage et à la faim. Certains meneurs n’ont pas craint, samedi dernier, d’accuser la direction de l’usine de tenter sur eux une corruption honteuse, afin de réveiller l’enthousiasme des premiers jours. Leur espérance semble aujourd’hui déçue, car la lassitude générale indique que sous peu tout sera rentré dans l’ordre. *** La grève aura eu des conséquences imprévues, M. Boisvieux, premier adjoint, n’ayant pas voulu, en l’absence du maire, prendre la responsabilité d’assurer l’ordre, a donné sa démission et le service est assuré par M. Breton, deuxième adjoint. » Edition du dimanche 03 septembre 1911 : « Grève terminée La grève des ouvriers de l’usine Normant est enfin terminée. Vendredi matin le travail a été repris par tous ceux que la Direction a bien voulu accepter, car un certain nombre de meneurs n’ont pas été repris. Mercredi soir un groupe de grévistes avait réussi à s’introduire dans le bureau de M. Normant pour demander que tous les chômeurs volontaires soient repris. M. Normant ne se laissa pas intimider et renvoya cette délégation bruyante sans revenir sur aucune des sanctions prises et portées à la connaissance des intéressés. Un cortège se forma ensuite et les grévistes parcoururent les rues au chant de l’ »Internationale » et de la « Carmagnole ». Les gendarmes à cheval, conduit par le commissaire de police à pied, passaient d’un côté alors que le cortège circulait de l’autre. La chose était assez comique et nous avons entendu pas mal de commerçants qui ne peuvent pourtant être classés royalistes, comparer la mollesse de la répression d’un cortège interdit avec la fermeté déployée le 14 juillet contre deux Camelots du Roi. Les réflexions que nous avons entendues à ce sujet car elles nous ont montré que le commerce de Romorantin songe à la note à payer pour le déplacement d’un nombre important de gendarmes que l’administration laisse insulter à plaisir par des révolutionnaires. *** Nous aurons à revenir sur cette grève et nous publierons les réflexions que ce mouvement révolutionnaire nous inspire. »
Lieux Collection Normant Synopsis Sites amis Book Contact Accueil Auteur Biographies La manufacture Normant : une aventure industrielle unique en Sologne
Copyright Décembre 2010
Auteur : Laurent LEROY - Design by : Live On Web Communication
Mentions légales. Droit d’auteur et droits de propriété Le site www.histoirenormantromorantin.com constitue une œuvre dont Laurent LEROY est l’auteur au sens des articles L111-1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Les photographies, textes, dessins, graphismes ainsi que toutes œuvres intégrées dans le contenu du site sont propriété de Laurent LEROY ou de tiers ayant autorisé à les utiliser. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, dudit site et des œuvres qui y sont reproduits sont autorisés sous réserve qu’elles soient strictement réservées à un usage personnel excluant tout usage à des fins publicitaires et/ou commerciales et/ou d’informations et/ou qu’elles soient conformes aux dispositions de l’article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle. A l’exception des dispositions ci-dessus, toute reproduction, représentation, utilisation ou modification, par quelque procédé que ce soit, de tout ou partie du site, de tout ou partie des différentes œuvres qui le composent, sans avoir obtenu l’autorisation préalable de Laurent LEROY, est strictement interdite et constitue un délit de contrefaçon sanctionné par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.